‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 187 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

seraient point rentrés dans la citadelle au moment de la fermeture, seraient destitués, et tous les militaires n'appartenant pas au service de la place durent en sortir immédiatement, sous peine de trois mois de détention. Il fut défendu à tous les sus'pects détenus dans les prisons de Lille de communiquer avec personne. Au milieu de si pressantes conjonctures , les soupçons contre les étrangers étaient, en quelque sorte, de rigueur; aussi lisons-nous dans un arrêté de Saint-Just et de le Bas : « Tous les étrangers qui se trouvent dans Lille sont consignés dans leurs maisons après six heures du soir et avant huit heures du matin. Ceux qui seraient trouvés dans cet intervalle hors de leurs maisons seront mis en arrestation jusqu'à la paix. » Enfin les commissaires, pour comprimer l'agiotage, ce déplorable fléau des nations, prirent contre ceux qui s'y livraient et contre les marchands qui ne se conformaient point à la loi du maximum, les mêmes mesures de sévérité qu'à Strasbourg.

Cette mission fut de courte durée , mais elle n'en fut pas moins féconde et moins utile. Comme dans le Bas- Rhin, Sainl-Justet le Bas obtinrent tous les effets de la terreur sans verser le sang. Ils imposaient par leur propre dignité, et savaient faire en eux respecter la Convention. Avec une rapidité qui tient du prodige, ils parcoururent en quelques jours les différentes places des départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Le 12 pluviôse, dis quittent Lille et se rendent à Réunion-sur-Oise, nouveau nom donné à la ville de Guise. Là, ils arrêtent la dissolution de la légion de la Nièvre, qui avait donné quelques signes d'insubordination, et ordonnent qu'elle sera répartie entre les divers corps de l'armée du Nord. Au reste, s'ils sont inflexibles sur tout

ce qui concerne la discipline , ils savent encourager et récompenser le dévouement à la patrie. Ayant appris qu'un brave homme, nommé Joseph Sueur, du district de Vervins, avait quitté sa femme et ses enfants pour courir à la défense des frontières , ils arrêtèrent qu'il lui serait payé une somme de six cents livres par le payeur de l'armée du Nord.

Le même jour, ils écrivaient à un commissaire des vivres de cette armée, soupçonné de négligence :

« Que faut-il penser de l'homme qui, chargé du soin de l'armée, a laissé depuis quatre jours la division d'Arqués sans fourrages? Cet homme est toi; nous nous informerons de ta conduite, et tu dois t'attendre à être puni rigoureusement si tu es coupable. »

On sait quelle a été, de tout temps, la rapacité des fournisseurs; Saint-Just , avec raison, les poursuivait impitoyablement, et Napoléon, plus tard, ne se gêna en aucune manière pour leur faire rendre gorge, à plusieurs reprises. On était à la veille d'entrer en campagne; Saint-Just et le Bas , qui veillèrent toujours avec tant de sollicitude au bien-être du soldat, disposèrent tout pour assurer la subsistance des troupes. Ils se rappelaient qu'à leur arrivée dans le Bas-Rhin , les chevaux mouraient de faim; aussi, les fourrages manquant dans le Nord, écrivirent-ils à leur collègue Massieu, en mission dans les Ardennes, de faire les plus grands efforts afin de leur en procurer.

« Tu en as promis ; il faut, s'il est possible, porter cet envoi à deux cent mille rations; le temps presse; la cam-

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