‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 188 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pagne va s'ouvrir ; ce pays doit être le théâtre des principaux événements. »

L'arrêté suivant atteste avec quelle rigoureuse sollicitude ils s'occupaient des moindres détails :

« Les représentants du peuple à l'armée du Nord , considérant que l'inertie des administrations des armées résulte de la négligence des fonctionnaires, du défaut d'activité dans les rapports, arrêtent ce qui suit :

» Les commissaires ordonnateurs, les régisseurs des vivres correspondront avec les administrations du district, les commissaires des guerres , gardes-magasin et tous préposés, par des ordres ou des demandes succinctes. Le délai pour y répondre sera fixé. Les dépêches seront remises par des ordonnances, et leurs chevaux seront nourris aux dépens des administrateurs et préposés auxquels elles auront été adressées. Les ordonnances ne pourront revenir sans réponse, à peine de trois mois de détention. — Le présent arrêté sera imprimé et publié (1). »

Quelques jours après, en passant à Avesnes, le Bas rencontra un soldat nommé Berceau, qu'au début de sa carrière, dans les premiers jours de la Bévolution, il avait défendu contre une accusation injuste, et qu'il avait fait acquitter à la suite d'une plaidoirie dont le succès avait été pour le jeune avocat un véritable triomphe. En retrouvant cet ancien client, dévoué comme lui à la République, il ne put se défendre d'une émotion déplaisir,

(1) Toutes les pièces relatives à cette mission sont tirées des archives de la guerre.

et il écrivit à sa femme, qu'il avait conduite à Frévent, auprès de son père :

« J'ai vu Berceau ; nous nous sommes embrassés avec bien de la joie. Tu te souviendras sûrement de ce brave homme, dont je t'ai souvent parlé. En tout cas, mon père te mettra au courant. »

Plus loin, il lui donne, dans les termes les plus affectueux, des nouvelles de son jeune et cher collègue :

« Saint-Just est bien portant ; quand nous avons du mal, notre bonne amitié nous le fait mieux supporter. Dis mille choses pour moi à la famille. »

Le 15 pluviôse, Saint-Just et le Bas étaient à Maubeuge. Cette ville leur avait été signalée comme un foyer de désordre et de réaction. Là, comme ailleurs, les contrerévolutionnaires conspiraient « sous les couleurs mêmes de la Liberté, » suivant l'expression de Saint-Just, et, pour être plus à l'aise dans leurs intrigues, ils avaient soin de crier plus fort que les vrais et sincères patriotes. Les représentants du peuple commencèrent par inviter les membres de la Société populaire de Maubeuge à faire passer rigoureusement à un scrutin épuratoire tous les agents comptables du gouvernement qui demanderaient leur admission au sein de la Société ; puis ils s'attachèrent à déjouer les complots formés pour livrer la ville à l'ennemi. Dans toutes ces ténébreuses machinations, on était sûr de rencontrer la main de l'Angleterre; Pitt , ce mauvais génie de la France républicaine , prodiguait l'or de son pays, espérant vaincre par la corruption ceux contre qui s'émoussaient en vain les armes de l'Europe.

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