LIVRE QUATRIÈME
Saint-JustetleBas, ayant appris qu'un Anglais, du nom de Faëding, résidant à Calais, élait l'âme de ces complots, le traduisirent devant la commission militaire de Maubeuge, et en informèrent immédiatement le Comité du Salut public en ces termes :
« Nous vous adressons, citoyens collègues, plusieurs pièces qui vous feront connaître le complot tramé pour livrer Maubeuge aux ennemis de la République; nous avons chargé la commission militaire établie dans cette ville de juger les coupables. Nous avons cru qu'il fallait un exemple prompt et sur les lieux. Nous écrivons à l'administration du district d'Arras, pour faire traduire ici l'un des agents du complot. C'est un nommé Faëding, Anglais, qui doit se trouver à Calais. Nous avons donné les ordres nécessaires pour qu'aucun des traîtres n'échappât. »
Ils ajoutaient ensuite :
« Les subsistances et les fourrages sont on ne peut plus rares dans l'armée du Nord. Nous avons trouvé des divisions entières manquant de fourrages depuis quatre jours. Nous avons été forcés d'autoriser l'administration des subsistances à requérir, dans les districts frontières, d'abord les bœufs, ensuite le tiers des vaches chez les plus riches propriétaires, et progressivement jusque chez les moins aisés.
» Il faut des armes. Hâtez l'embrigadement. L'armée ouvrira la campagne au plus tard dans trois semaines. »
Il faut des armes! C'était le cri poussé d'un bout à
l'autre de la République, et, pour y répondre la Convention avait décidé que Paris serait le centre d'une fabrication extraordinaire de fusils et de baïonnettes. Alors on vit un spectacle étrange et sublime. De tous les points de la France, les hommes les plus forts et les plus industrieux, appelés par le Comité de Salut public, accoururent dans la capitale. Les places publiques furent transformées en ateliers; les églises en arsenaux. Les ouvriers de luxe abandonnèrent momentanément leurs professions ; les horlogers se mirent aux platines, les ébénistes travaillèrent le bois. Trente mille fusils furent confectionnés en peu de jours, avec autant de légèreté et de solidité qu'ils l'eussent été dans les meilleures fabriques de l'Europe. Les dix premiers furent portés en hommage à la Convention ; simple et magnifique hommage! Ce fut un immense concert de travail. Ah ! combien l'étranger, qui se promenait sur nos places publiques, au bruit du marteau sur l'enclume, auquel se mêlaient joyeusement les chants patriotiques, ne dut-il pas s'extasier devant ce grand peuple de France, qui ne se laissera envahir et vaincre par l'Europe, que lorsque la pensée républicaine et l'amour de la liberté auront été étouffés dans son cœur !
Tandis que Paris devenait ainsi une vaste fabrique d'armes, tandis que Carnot (1), du fond de son cabinet des Tuileries, organisait la victoire, pour me servir de
(1) M. Guizot, dans le premier volume de ses Mémoires, appelle Carnol « un badaud fanatique. • J'admire trop la plupart des ouvrages de l'ancien ministre du roi Louis-Philippe, et je respecte trop son caractère pour ne pas regretter qu'il ait cru devoir apprécier d'une façon aussi inconvenante un des plus illustres membres du Comité de Salut public. Je doute fort, au reste, qu'aucun homme impartial, en France, ratifie cet inique et cynique jugement.