‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 191 sur 351 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

« L'arrondissement prescrit à l'armée du Nord, écrivait-il au Comité de Salut public, est insuffisant, vu que, lorsqu'on le détermina, on calculait sur cent mille hommes, et qu'il faut aujourd'hui calculer sur deux cent quarante mille. L'organisation des convois n'a pas le sens commun. On fait partir du même point tous les caissons ; la même tige de chemin se trouve embarrassée de sept cents voitures; le pain et les fourrages arrivent tard; la cavalerie périt. Pourquoi ne pas établir des caissons et magasins de fourrages sur tous les points où l'on veut faire agir les armées? Attendez-vous qu'on vous attaque, ou voulez-vous attaquer? Dans le dernier cas, préparez, dès ce moment, la position des magasins, vos plans; placez votre cavalerie, dirigez lès convois, afin de faciliter l'explosion de nos forces à l'ouverture de la campagne.

» Augmentez l'arrondissement de moitié pour l'approvisionnement, puisque, par l'incorporation, l'armée augmente de moitié et plus. Voici l'état, à peu près, des choses. Les routes sont impraticables. Nous avons fait en poste huit lieues par jour, depuis Douai jusqu'à Guise.

» L'ennemi a un camp de cinq mille hommes au Catelet ; nous avons versé quatre cents quintaux de farine dans Bouchain; il y a trois à quatre mille hommes au Gâteau.

» 11 serait très-sage de votre part de vous rendre agresseurs, d'ouvrir la campagne les premiers, et comme votre armée sera très-forte, vous pourrez, en même temps, porter une armée sur Ostende, une sur Beaumont, cerner Valenciennes et attaquer la forêt de Monnaie. Soyons toujours les plus hardis, nous serons aussi les plus heureux. »

Le Comité de Salut public avait désiré que Saint-Just ne quittât pas l'armée avant d'avoir vu Pichegru ; Saint- Just, le Bas et toute l'armée reçurent à bras ouverts le nouveau général, qu'on attendait avec impatience, et qui s'empressa de se conformer aux vues de ses jeunes et illustres protecteurs.

Pichegru, dès le premier jour, adressa à ses troupes une proclamation animée du plus ardent patriotisme.

« Et vous, disait- il en terminant, jeunes citoyens, appelés à la défense de la patrie, empressez-vous, par votre zèle à vous instruire, de vous mettre à même de remplir votre tâche glorieuse. Soyez tous amis de la subordination et de l'ordre; sans cela point de victoire. Je seconderai vos efforts de toutes mes facultés; mais je suis franc républicain : quand vous n'irez pas bien, je vous le dirai, je vous rappellerai à l'ordre. S'il m'arrivait de m'écarler de la ligne, je vous invite à en faire autant. Vos avis seront pour moi des témoignages d'amitié, et vous reconnaîtrez par mon empressement à me redresser, combien mes intentions sont pures. Allons tous du même pas", nous irons bien. Vive la République! »

De telles paroles, affectueuses et dignes a la fois, resserraient encore les liens qui unissaient alors les généraux aux soldats, et préparaient merveilleusement l'armée à des victoires d'autant plus glorieuses que la guerre soutenue par la République était légitime et nécessaire. Nous dirons bientôt quelles furent ces victoires.

Avant de rentrer à Paris, Saint-Just et le Bas parcoururent à la hâte les principales villes du Nord. Ils allèrent à Saint-Pol, où le Bas avait exercé la profession

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