‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 194 sur 351 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Modérés et ullra-révolulionnaires. — Saint-Just est nommé président de la Convention nationale. — Actes de sa présidence. — Réclamations contre la détention des patriotes. — Rapport de Saint-Just. — La Convention adopte le décret présenté par lui.— Mode d'exécution de ce décret. — La confiscation. — Les Girondins et les Montagnards. — Une lettre du roi Charles IX. — De la douceur monarchique.

Pendant la seconde mission de Saint-Just et de le Bas, la scission qui s'était produite sur les bancs de la Montagne avait pris un caractère alarmant, et les commissaires trouvèrent bien changée la physionomie de la Convention. « Je ne vous parlerai pas des affaires publiques, écrivait le Bas à son père; mes absences m'ont un peu désorienté, il faut que je me remette au courant. »

Deux factions rivales s'étaient dessinées plus nettement depuis quelques semaines; la faction modérée,

ainsi nommée parce qu'elle s'était à elle-même décerné ce titre, et la faction ultra-révolutionnaire. La première marchait encore avec Robespierre, auquel s'était associé Danton pour blâmer Camille Desmoulins: la seconde s'en était complètement séparée; elle l'avait même attaqué en ces termes, au club des Cordeliers, par la bouche de Momoro, l'un des membres de la Commune : « Tous ces hommes usés en République, ces jambes cassées de la Révolution nous traitent d'exagérés, parce que nous sommes patriotes et qu'ils ne veulent plus l'être (1). » Pourquoi cette allusion à Robespierre et à ses amis? C'est que, quelques jours avant, Robespierre avait dénoncé les enragés au sein même de la Convention, dans son discours sur les principes de morale politique qui devaient guider l'Assemblée dans l'administration intérieure de la République. Comment auraient-ils oublié de telles paroles :

« Ils aimeraient mieux user cent bonnets rouges que de faire une bonne action. Quelle différence trouvez-vous entre ces gens-là et vos modérés ?... Jugez-les, non par la différence du langage, mais par l'identité des résultats. Celui qui attaque la Convention nationale par des discours insensés et celui qui la trompe pour la compromettre, ne sont-ils pas d'accord avec celui qui, par d'injustes rigueurs, force le patriotisme à trembler pour lui-même, invoque l'humanité en faveur de l'aristocratie et de la trahison? »

Puis, accusant les exagérés de prendre le masque du patriotisme pour défigurer, par d'insolentes parodies, le

(1) Voyez le Moniteur du 28 pluviôse an n, n° 148.

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