LIVRE QUATRIÈME
drame sublime de la Révolution , et compromettre la cause de la liberté par des extravagances étudiées, l'orateur ajoutait :
« Faut-il agir? ils pérorent. Faut-il délibérer? ils veulent commencer par agir. Les temps sont-ils paisibles? ils s'opposent à tout changement utile. Sont-ils orageux? ils parlent de tout réformer pour bouleverser tout. Voulezvous contenir les séditieux? ils vous rappellent la clémence de César. Voulez-vous arracher les patriotes à la persécution ? ils vous proposent pour modèle la fermeté de Brutus. Ils découvrent qu'un tel a été noble lorsqu'il sert la République ; ils ne s'en souviennent plus lorsqu'il la trahit. La paix est-elle utile? ils vous étalent les palmes de la victoire. La guerre est-elle nécessaire? ils vous vantent les douceurs de la paix. Faut-il défendre le territoire? ils veulent aller chercher les tyrans au delà des monts et des mers. Faut-il reprendre nos forteresses? ils veulent prendre d'assaut les églises et escalader le ciel ; ils oublient les Autrichiens pour faire la guerre aux dévotes (1). »
C'était une déclaration de guerre manifeste aux auteurs des saturnales dont le culte de la Raison était le prétexte.
Nous tracerons le tableau de ces scènes désolantes, au moment où Saint-Just se chargera de frapper l'hébertisme, comme il avait frappé Euloge Schneider pour avoir déshonoré la Révolution. Il était revenu depuis trois jours seulement, lorsque l'Assemblée, dans la soirée du 1er ventôse, le choisit pour son président.
(1) Voyez le Moniteur du 19 pluviôse an n, no 159,
Le premier acte de sa présidence fut de présenter à la Convention l'extrait de huit cents adresses de communes qui la félicitaient sur ses travaux et l'invitaient à rester à son poste jusqu'à la cessation des dangers de la patrie. Ce fut sous sa présidence que la loi sur le maximum fut remaniée et refaite sur des bases plus justes; que l'exécrable Carrier, un thermidorien, présenta son rapport sur sa mission à Nantes ; que le traitement des instituteurs primaires fut augmenté ; que Merlin (de Thionville) invita la Convention à décréter qu'aucun noble ne pourrait servir dans les armées de la République ; que fut organisé le service de santé des armées et des hôpitaux militaires. Ce fut sous sa présidence que Bonaparte, alors commandant en second d'artillerie , fut dénoncé à la Convention pour avoir, sur l'ordre du général Lepoype, proposé de relever à Marseille les bastilles bâties jadis par Louis XIV dans le but d'assurer son despotisme dans le Midi, et qui avaient été détruites depuis la Révolution. Ce fut aussi sous la présidence de Saint-Just que la sœur de Mirabeau adressa à l'Assemblée une demande de secours. La Révolution avait accordé aux ci-devant religieuses une pension, à titre d'indemnité; mademoiselle de Mirabeau, après avoir exposé, dans une supplique, son extrême détresse, ajoutait qu'il ne lui restait de ressource que dans la justice et la bienfaisance de la Convention, et terminait en sollicitant un secours provisoire, à imputer sur les arrérages de sa pension. On n'avait pas encore oublié les grands services rendus à la cause populaire par l'immortel transfuge de la noblesse, et l'Assemblée, sur la proposition d'un de ses membres, accorda à la citoyenne Riquetti une pension de six cents livres.
Dans la séance du A ventôse, les représentants Taillefer