‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 196 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

et Bréard s'étaient plaints vivement de ce que certains hommes à bonnet rouge, simulant un zèle exagéré, s'introduisaient dans les comités révolutionnaires et parvenaient à faire arrêter d'excellents patriotes ; sur leur proposition, la Convention avait invité ses Comités de Salut public et de Sûreté générale à lui présenter incessamment un rapport sur les moyens de mettre fin à de pareilles menées.

Chargé de porter la parole au nom des deux comités, Saint-Just descendit, le 8 ventôse, de son fauteuil de président, monta à la tribune et commença en ces termes :

« Vous avez décrété, le A ventôse, que vos deux Comités réunis de Salut public et de Sûreté générale vous feraient un rapport sur les détentions, sur les moyens les plus courts de reconnaître et de délivrer l'innocence et le patriotisme opprimés, comme de punir les coupables.

» Je ne veux point traiter cette question devant vous comme si j'étais accusateur et défenseur, ou comme si vous étiez juges; car les détentions n'ont point leur source dans des relations judiciaires , mais dans la sûreté du peuple et du gouvernement. Je ne veux point parler des orages d'une révolution comme d'une dispute de rhéteurs, et vous n'êtes point juges, et vous n'avez point à vous déterminer par l'intérêt civil, mais par le salut du peuple placé au-dessus de nous. Toutefois, il faut être juste; mais, au lieu de l'être conséquemment à l'intérêt particulier, il faut l'être conséquemment à l'intérêt public. »

Après cet exorde, il examine l'origine des détentions rendues nécessaires par les menées des ennemis de la Révolution. « Parcourez, dit-il, les périodes qui les ont

amenées ; on a passé, par rapport à la minorité rebelle, du mépris à la défiance, de la défiance aux exemples, des exemples à la terreur. Aux détentions tient la perte ou le triomphe de nos ennemis. Je ne sais pas exprimer à demi ma pensée; je suis sans indulgence pour les ennemis de mon pays: je ne connais que la justice. » Suivant lui, faute d'un système d'institutions qui mette l'harmonie dans la République, la société française flotte éperdue entre l'avarice et l'intérêt qui cherchent à la détruire par la corruption.

« Dans une monarchie, poérsuit-il, il n'y a qu'un gouvernement; dans une république, il y a de plus des institutions, soit pour comprimer les mœurs, soit pour arrêter la corruption des lois ou des hommes. Un État où ces institutions manquent n'est qu'une république illusoire; et comme chacun y entend, par sa liberté, l'indépendance de ses passions et son avarice, l'esprit de conquête et l'égoïsme s'établissent entre les citoyens, et l'idée particulière que chacun se fait de la liberté selon son intérêt, produit l'esclavage de tous.

» Nous avons un gouvernement, nous avons ce lien commun de l'Europe qui consiste dans des pouvoirs et une administration publique. Les institutions nous manquent. Nous n'avons point de lois civiles qui consacrent notre bonheur, nos relations naturelles et détruisent les éléments de la tyrannie. Une partie de la jeunesse est encore élevée par l'aristocratie; celle-ci est puissante et opulente. L'étranger, qui s'est efforcé de corrompre les talents, s'est efforcé de dessécher nos cœurs. Nous sommes inondés d'écrits dénaturés; la loi déifie l'athéisme intolérant et fanatique. On croirait que le prêtre s'est fait athée et que l'athée s'est fait prêtre; il n'en faut plus

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