LIVRE QUATRIÈME
parler. Il nous faudrait de l'énergie, on nous suggère le délire ou la faiblesse.
» L'étranger n'a qu'un moyen de nous perdre, c'est de nous dénaturer et de nous corrompre, puisqu'une république ne peut reposer que sur la nature et les mœurs. C'est Philippe qui remue Athènes, c'est l'étranger qui veut rétablir le trône, et qui répond à nos paroles qui s'envolent par des crimes profonds qui nous minent... C'est l'étranger qui défend officieusement les criminels. Les agents naturels de cette perversité sont les hommes qui, par leurs vengeances et leurs intérêts, font cause commune avec les ennemis de la République. Vous avez voulu une république ; si vous ne vouliez pas en même temps ce qui la constitue, elle ensevelirait le peuple sous ses débris. Ce qui constitue une république, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé. On se plaint des mesures révolutionnaires ; mais nous sommes des modérés en comparaison de tous les autres gouvernements. »
Ainsi se trouvaient avertis du même coup et ceux qui poussaient à la haine et au mépris de la Révolution par leurs folies et leurs farces indécentes, et ceux qui, par un modérantisme d'apparat, se faisaient, sans le vouloir peut-être, l'avant-garde de la réaction. Puis, après avoir rappelé les crimes et les fautes de l'ancienne monarchie, après avoir dépeint la terreur royaliste sous laquelle gémissaient les peuples de l'Europe, cette terreur qui à l'heure présente, pour la honte de notre siècle, broie encore l'héroïque et malheureuse Italie, après avoir démontré que l'Angleterre demanderait la paix le lendemain du jour où elle verrait ses partisans écrasés par la République, Saint-Just se demande avec raison pourquoi