LIVRE PREMIER
Vous êtes fait pour lui tenir lieu de tout au monde ; mais l'amour ne console point l'amour-propre, et l'amourpropre d'une femme, vous le connaissez. Elle vous rendra heureux, je l'espère et j'en suis convaincu. Je n'épouserais point ses torts à votre égard : vous m'êtes également chers l'un et l'autre , et, dans toutes les circonstances, je vous montrerai le cœur d'un frère et d'un bon ami.
» Adieu. Embrassez votre chère épouse, embrassez-la même de temps en temps pour moi, afin qu'elle se souvienne que je l'aime, et qu'elle vous le rende.
» Je suis votre frère et votre serviteur. » Saint-Just.
» A Blérancourt, ce 9 décembre 1791.
» P. S. Je vous prie de présenter mon respect à madame Hannotier et à M. le curé, et à votre famille que j'aime comme la mienne.
» On vous embrasse ici, et l'on se porte bien. »
Non, ce n'était pas un débauché, l'homme qui a écrit cette lettre touchante, animée des plus purs et des plus doux sentiments de la famille. En la citant, j'éprouve un regret plus amer de la perte de celles qui ont été brûlées. Leur publication eût été la plus belle vengeance des odieuses imputations répandues sur le compte de Saint-Just.
Braves gens qui paraissez tant souffrir de la vertu de vos adversaires, et qui, pour le besoin de votre cause, travestissez et inventez des faits; prétendus historiens invoquant sans cesse le témoignage de personnes que vous ne nommez jamais et qui n'ont peut-être existé que dans votre imagination complaisante ; vous qui, d'un
acte, d'un geste, d'une parole et du silence même de Saint-Just, tirez les inductions les plus étranges et les plus diffamatoires, continuez votre œuvre de dénigrement : les hommes impartiaux ne vous croiront pas; ils se sentiront pris de sympathie et de compassion pour le jeune membre du Comité de Salut public, tué jadis par la calomnie et dont, par la calomnie encore, vous voulez assassiner la mémoire!