CHAPITRE IV
Organisation des gardes nationales. — Fédération du U juillet 1790. — Saint-Just et madame du Barry. — Discussion sur le choix du cheflieu du département de l'Aisne. — Discours de Saint-Just. — Son échec et son ovation. — Les pavots de Tarquin. — Protestation de quelques membres de l'Assemblée constituante contre la liberté de conscience. — Adresse de la commune de Blérancourt. — Saint-Just et Mutius Scevola.
— Les marchés de Blérancourt. — Premières relations avec Robespierre.
L'influence acquise par Saint-Just sur ses concitoyens est la meilleure preuve de la considération dont il jouissait et dont il était digne par ses talents, par sa conduite privée et par son dévouement à la chose publique. Ils sont rares ceux qu'un sentiment désintéressé pousse a ambitionner les honneurs, et qui ne cherchent à obtenir les suffrages de leurs concitoyens que pour aider au triomphe d'un système dont l'application leur paraît
devoir assurer le bonheur et la prospérité de la patrie. Aussi, dans les circonstances difficiles, deviennent-ils les élus du peuple ; car les hommes se trompent rarement quand ils peuvent choisir en toute liberté et suivant leur conscience.
L'attitude qu'avait prise Saint-Just, dès le début même de la Révolution, son enthousiasme profond et religieux pour les idées nouvelles, sa fermeté dans les occasions périlleuses, le désignaient d'avance au choix de ses compatriotes. Lors donc que l'Assemblée constituante eut décrété, pour toute la France, l'organisation de la garde nationale, cette noble institution, si digne d'un grand peuple, il fut, malgré son extrême jeunesse, nommé lieutenant-colonel. Ce fut en cette qualité qu'il conduisit à Paris les gardes nationaux de son pays, pour assister avec eux à la grande fédération du 14 juillet 1790, cette fête touchante, où l'on putcroire un moment que le peuple français se réconciliait à jamais avec son roi qui, à la face de la nation, venait de jurer fidélité à la nouvelle Constitution qu'on était en train d'élaborer (1).
Pourquoi sommes-nous forcé de réfuter ici encore une petite calomnie avancée par M. Éd. Fleury, sous une forme douteuse, il est vrai, mais qui n'en est pas moins traîtresse ? Elle est exhumée des Mémoires de madame du Barry, lesquels sont l'œuvre d'un imposteur, comme chacun sait, et racontée avec un sel attique tout à fait réjouissant. Saint-Just aurait rencontré au Champde-Mars madame du Barry, alors âgée de quarante-six ans (ce à quoi n'a sans doute pas songé M. Fleury), et lui aurait offert son bras pour l'aider à sortir de la foule et la reconduire chez elle. Naturellement il n'aurait pas
(I) Voyez le Moniteur du 5 juillet et celui du i6 juillet 1790.