‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 202 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

la justice rend le peuple heureux et consolide le nouvel état de choses; la terreur est unearmeà deux tranchants, dont les uns se sont servis à venger le peuple et d'autres à servir la tyrannie. La terreur a rempli les maisons d'arrêt; mais on ne punit point les coupables :1a terreur a passé comme un orage. N'attendez de sévérité durable dans le caractère public que de la force des institutions... Il s'est fait une révolution dans le gouvernement : elle n'a point pénétré l'état civil ; le gouvernement repose sur la liberté ; l'état civil sur l'aristocratie qui forme un rang intermédiaire d'ennemis de la liberté entre le peuple et vous. Pouvez-vous rester loin du peuple, votre unique ami ? Forcez les intermédiaires au respect rigoureux de la représentation nationale et du peuple. Si ces principes pouvaient être adoptés, notre patrie serait heureuse, et l'Europe serait bientôt à nos pieds...

» Épargnez l'aristocratie, et vous préparez cinquante ans de troubles. Osez! ce mot renferme toute la politique, de notre Révolution. L'étranger veut régner chez nous par la discorde ; étouffons-la en séquestrant nos ennemis et leurs partisans ; rendons guerre pour guerre : nos ennemis ne peuvent plus nous résister longtemps. Ils nous font la guerre pour s'entre-détruire. Pitt veut détruire la maison d'Autriche, et celle-ci la Prusse, tous ensemble l'Espagne. Pour vous, détruisez le parti rebelle ; bronzez la liberté; vengez les patriotes, victimes de l'intrigue; mettez le bon sens et la modestie à l'ordre du jour; ne souffrez point qu'il y ait un malheureux ni un pauvre dans l'État. Eh ! qui vous saurait gré du malheur des bons et du bonheur des méchants? »

L'Assemblée, après la lecture de ce rapport, se leva par acclamation, et, au milieu d'unanimes applaudisse-

ments (1), adopta un décret par lequel le Comité de Sûreté générale fut investi du pouvoir de mettre en liberté les patriotes détenus, à la condition, pour toute personne détenue, de rendre compte de sa conduite depuis 1789. Le même décret ordonnait la séquestration, au profit de la République, des biens des personnes reconnues ennemies de la Révolution, lesquelles devaient être emprisonnées jusqu'à la paix et bannies ensuite à perpétuité.

Quelques jours après, Saint-Just reparut à la tribune pour soumettre à la Convention, au nom du Comité de Salut public, un mode d'exécution du précédent décret. Il s'exprima ainsi :

« C'est une idée très-généralement sentie, que toute la sagesse du gouvernement consiste à réduire le parti opposé à la Révolution, et à rendre le peuple heureux aux dépens de tous les vices et de tous les ennemis de la liberté. C'est le moyen d'affermir la Révolution que de la faire tourner au profit de ceux qui la défendent. Identifiez-vous par la pensée aux mouvements secrets de tous les cœurs ; franchissez les idées intermédiaires qui vous séparent du but où vous tendez. Il vaut mieux hâter la marche de la Révolution que de la suivre et d'en être entraîné. C'est à vous d'en déterminer le plan et d'en précipiter les résultats pour l'avantage de l'humanité.

» Que le cours rapide de votre politique entraîne toutes les intrigues de l'étranger; un grand coup que vous frappez d'ici retentit sur le trône et sur le cœur de tous les rois. Les lois et les mesures de détail sont des piqûres que l'aveuglement endurci ne sent pas. Faites-vous res-

(1) Voyez le compte rendu de cette séance dans le Moniteur du 9 ventôse an n, qui reproduit, en entier, le discours de Saint-Just.

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