LIVRE QUATRIÈME
guerre de principes (1). Les uns et les autres furent animés des mêmes sentiments républicains , du même patriotisme, déployèrent la même énergie contre l'aristocratie et les rois; c'est ce qui doit les réconcilier dans l'histoire.
Comme pour attester la douceur des mœurs monarchiques, tant vantée de nos jours, ce fut sous la présidence de Saint Just que Grégoire, au nom du Comité d'Instruction publique, vint lire, à la tribune de la Convention, celte curieuse et atroce lettre de Charles IX :
« A mon frère le duc d'Alençon,
» Mon frère, pour le signalé service que m'a fait Charles de Louviers, seigneur de Montrevel, présent porteur, étant celui qui a tué Mouy de la façon qu'il vous dira, je vous prie, mon frère, de lui bailler de ma part le collier de mon ordre, ayant été choisi et élu par les frères compagnons dudit ordre pour y être associé, et faire en sorte qu'il soit, par les manants et les habitants de ma bonne ville de Paris, gratifié de quelque honnête présent selon ses mérites, priant Dieu, mon frère, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.
«Écrit au Plessis-lès-Tours, le 10e jour d'octobre 1569.
» Votre bon frère, » Charles (2). »
(!) M. Lanfrey paraît ne pas se douter de cela, dans son Essai sur la Révolution. Laubardemont disait : « Donnez-moi six lignes de récriture d'un homme, et je me charge de le faire pendre. » M. Lanfrey a pris çà et là quelques paroles de Saint-Jusl et de Robespierre, et il a pendu l'un et l'autre. Il défend la Révolution à peu près comme Tours de la fable défend son maître. Combien plus justes sont les appréciations de Chaleaubriand sur les Montagnards, si hostile qu'il leur soit ! En vérité, ce n'était pas la peine de commencer par invectiver M. Joseph de MaUtre.
(%) Voyez le moniteur Au 15 ventôse an n, n° 16o.
Nous n'avons pas a dresser ici l'inventaire des crimes et des brigandages de la monarchie, et si nous avons cité la lettre du triste auteur de la Saint-Barthélémy, c'est uniquement parce qu'elle fut lue sous la présidence de Saint-Just. Il faut cependant bien dire à ceux qui reprochent tant à la Révolution ses excès, que nos rois ont été cruels et impitoyables sans nécessité, sans cause plausible, par caprice et par fantaisie, sans presque jamais avoir été dans le cas de légitime défense, comme le fut la République. Où était la raison de la révocation de redit de Nantes et des dragonnades des Cévennes, pour citer un exemple entre mille? Que celui-là parle qui ose de bonne foi se faire l'apologiste de ces infamies de la royauté. Saint-Just devait donc à bon droit les flétrir. Ah! dans tousses discours, d'une si mâle éloquence, sans doute il y a de sombres et terribles maximes, mais combien plus il y en a où éclatent à chaque mot, avec une rare vigueur d'expression, l'amour de la patrie, la pitié pour le malheur, le culte de la justice ! Toutes, il les a puisées dans une àme, à coup sûr inflexible envers les traîtres et les ennemis de la République, mais souverainement honnête et profondément convaincue.