‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 207 sur 351 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Coup d'oeil sur Théberlisme. — Du respect du peuple. — L'évèque Gobel et l'évèque Grégoire. — Le culte de la Raison. — Ses vrais adorateurs. — Séance des Cordeliers. — Vigilance du Comité de Salut public. — Rapport de Saint-Just. — Décret à la suite. — Enthousiasme de Legendre. — Arrestation des hébertisles. - Leur supplice.

Il nous faut retourner un peu en arrière pour expliquer le plus brièvement possible les faits qui amenèrent le Comité de Salut public à charger Saint-Just de présenter à la Convention un rapport sur la conspiration dite de l'étranger.

Dans toutes les révolutions, il se trouve des hommes qui, sous prétexte de patriotisme, se complaisent à fomenter et à entretenir le désordre. Ils sont quelquefois de bonne foi, et n'en deviennent pas moins les plus dangereux ennemis de la cause qu'ils croient servir ; le plus

souvent, ce sont des misérables aux gages d'un parti, payés pour pousser à tous les excès imaginables, et jeter ainsi une révolution hors de ses limites naturelles et légitimes. On voit alors se produire les effets les plus désastreux; l'oppression de la rue est substituée à Toppression du pouvoir; un fanatisme en remplace un autre; la liberté dégénère en licence, et les timides amis de l'indépendance se réfugient involontairement dans la réaction.

Cette faction des ultra-révolutionnaires reçut le nom ftkébertisme, non que tous ceux qui en étaient fussent des amis ou des partisans d'Hébert, mais parce que la feuille de ce dernier, d'un si dégoûtant cynisme, résumait à peu près toutes les tendances du parti. Hébert était peut-être sincère dans ses exagérations, mais il causa un mal immense en flattant les bas instincts de la multitude, au lieu de faire appel à ses généreux sentiments, qu'on n'invoque jamais en vain. Ce n'est pas honorer un peuple que de lui parler en termes de tripot, au lieu de le relever dans l'estime de lui-même par la convenance et la dignité du langage. L'égalité, telle que l'a affirmée la Révolution, doit être dans la décence et non dans la boue; elle n'est pas dans l'égale répartition des fortunes, qui ne se maintiendrait pas vingt-quatre heures, en dépit de toutes les lois du monde; mais elle est dans l'égalité des droits, dans la faculté pour chacun d'arriver à toutes les positions de l'État; dans l'absence de distinctions sociales, présupposant à priori la supériorité de certaines familles; elle est surtout dans la distinction personnelle, qui, du plus modeste ouvrier, peut moralement faire l'égal, sinon le supérieur, d'un premier ministre. Ce fut par le respect grave, courageux et désintéressé que Robespierre, le Bas, Saint-Just, Cou-

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