‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 208 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

thon, Carnot, Grégoire et quelques autres portaient au peuple, qu'ils eurent sur la plupart de leurs collègues une immense supériorité. Aussi réprouvèrent-ils sévèrement toutes les extravagances qui compromettaient les grands travaux de l'Assemblée, comme ils s'élevèrent contre les criailleries d'un faux modérantisme servant à masquer la contre-révolution.

Nul doute que la destruction violente du culte catholique, provoquée par Chaumette, n'ait été très-funeste à la République. Quel spectacle que celui de l'évêque Gobel venant, avec ses vicaires, abjurer ses croyances en pleine Convention et déposer ses lettres de prêtrise! Ah! combien plus digne et plus vrai l'illustre Grégoire, lorsque, invité à imiter l'exemple de l'évêque de Paris, il s'écria : « On me parle de sacrifices, j'y suis habitué. S'agit-il d'attachement à la cause de la liberté? Mes preuves sont faites; s'agit-il du revenu attaché aux fonctions d'évèque? Je l'abandonne sans regret; s'agit-il de religion? Cet article n'est pas de votre domaine... J'invoque la liberté des cultes (1). » Et cette liberté des cultes, c'est-à-dire la liberté de conscience, qui l'avait défendue et fait proclamer? N'était-ce pas Robespierre? n'était-ce pas Saint-Just, qui, dans ses Institutions républicaines,lareœnmissa'il formellement comme unenécessitè sociale? Et pourtant l'un et l'autre étaient de libres penseurs. Mais le fanatisme de l'athéisme ne leur semblait pas plus respectable que celui du catholicisme, et je comprends parfaitement que le jour où, sous les traits d'une actrice de l'Opéra, la déesse Raison vint étaler ses

(1) Ces paroles, cilées par M.M. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, t. XXX, p. 195-194, diffèrent légèrement de celles qui sont rapportées au Moniteur. Voyez, au surplus, dans le Moniteur du 19 brumaire an n, In suite de la séance du 17 brumaire (7 novembre).

charmes au sein môme de l'Assemblée, Robespierre soit sorti de dégoût. Saint-Just en aurait certainement fait autant s'il eût été à Paris (1), car une telle parade était indigne de la représentation nationale. « Cette fatale séance, dit Levasseur, valut aux Vendéens plus qu'un renfort de dix mille hommes (2) . »

Sans doute, en décrétant le culte de la Raison, la Convention ne put prévoir les scandales dont il allait devenir le prétexte, scandales que le Comité de Salut public dut attribuer aux ennemis de la Révolution, eux seuls ayant intérêt à la tuer par le ridicule. Quel parti, en effet, ils surent tirer des folies et des farces indécentes dont les principales églises de Paris furent le théâtre ! L'église de Saint-Eustache fut transformée en cabaret; on y dansa, on y fit l'amour; ce fut une épouvantable orgie.

« Nous pourrions citer plusieurs ecclésiastiques (et dans ce nombre, il en est qui ont occupé, depuis, des sièges épiscopaux et ont été élevés au cardinalat) qui poussaient le civisme au point de se servir des vases sacrés pour satisfaire des besoins profanes. Nous pourrions citer également des laïques, remplissant (depuis 1814) de hautes fonctions dans l'État, qui se livraient

(1) M. Éd. Fleury, sur la foi de je ne sais quel témoin oculaire qu'il ne nomme pas (c'est Vilate, je crois), faitassister Saint-Just à cette séance. (Voyez Saint-Just et la Terreur, t. Il, p. 196.) Il lui était bien facile de constater qu'à cette époque Saint-Just se trouvait à Strasbourg. Cette séance eut lieu le 28 brumaire an n (10 novembre). Saint-Just et le Bas, en mission dans le Bas-Rhin, depuis le i^ brumaire, ne vinrent à Paris que le 15 frimaire (5 décembre), c'est-à-dire près d'un mois après cette séance, et en repartirent le 20. Il est bon de remarquer avec quelle déplorable légèreté M. Éd. Fleury raconte les faits, quand il ne bâtit pas sur des on dit les hypothèses les plus calomnieuses.

(2) Mémoires de Levasseur, t. Il, p. 29i.

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