‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 209 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

publiquement à d'aussi exécrables sacrilèges; tous ces gens-là, royalistes purs depuis la Restauration, dénonçaient alors et envoyaient aux échafauds les partisans, les amis de la maison de Bourbon (1). »

En présence de ces désolantes turpitudes, quel homme sensé pourrait refuser son approbation à ces belles paroles de Robespierre :

« ... Vous craignez les prêtres, et ils abdiquent... Ah! craignez non leur fanatisme, mais leur ambition ; non l'habit qu'ils portaient, mais la peau nouvelle dont ils sont revêtus... Que des citoyens renoncent à telle et telle cérémonie et adoptent l'opinion qui leur semble la plus conforme à la vérité, la raison et la philosophie peuvent applaudir à leur conduite; mais de quel droit l'aristocratie et l'hypocrisie viendraient-elles mêler leur influence à celle du civisme et de la vertu? De quel droit des hommes inconnus jusqu'ici dans la carrière de la Révolution viendraient-ils chercher au milieu de ces événements les moyens d'usurper une popularité fausse, jetant la discorde parmi nous, troublant la liberté des cultes au nom de la liberté, attaquant le fanatisme par un fanatisme nouveau, et faisant dégénérer les hommages rendus à la vérité pure en farces ridicules? Pourquoi leur permettrait-on de se jouer ainsi de la dignité du peuple et d'attacher les grelots de la folie au sceptre même de la raison (2)?... »

(1) Monlgaillard : Histoire de France, t. IV, p. 89.

(2) Séance des Jacobins, du 21 novembre 1793. Voyez ce magnifique discours cité en entier, par MM. Bûchez et Roux, dans Y Histoire parlementaire, t. XXX, p. 274-288 ; voyez également les Mémoires de Levasseur, t. Il, p. 304-312.

Danton vint en aide à Robespierre, et, scandalisé des mascarades antireligieuses qui venaient incessamment se pavaner au sein delà Convention, il s'écria, un jour, de sa grande voix, qui retentissait si fort : « Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, nous ne voulons pas plus honorer le prêtre de l'incrédulité. » L'Assemblée, suivant les inspirations de Robespierre et de Danton, frappa de réprobation ces saturnales indignes d'un grand peuple, et le Comité de Salut public fit cesser des scènes qui déshonoraient la Révolution, et dont les ennemis de la République essayaient de rejeter la responsabilité sur la Convention elle-même. Comment donc l'éminent auteur du livre la Justice dans la Révolution et dans l'Église a-t-il pu être injuste au point d'écrire avec tant d'amertume : « La raison déifiée fut, par l'imbécile Messie de Catherine Théot, déclarée suspecte (1). » Quoi! c'était déclarer la raison suspecte que de vouer au mépris ces farces odieuses qui, à une époque de régénération, venaient rappeler les bacchanales antiques? Qu'y avait-il de plus contraire à la raison que ces mascarades obscènes, au milieu desquelles se ruait une foule égarée? C'était un carnaval immonde, une imitation des mystères de là Bonne Déesse, tout ce qu'on voudra, mais point le culte de la raison. Et ceux qui eurent le courage de la débarrasser de telles parades furent certainement ses plus purs, ses plus fervents adorateurs, et lui rendirent un éclatant hommage.

Les ultra -révolutionnaires devinrent furieux. Pour mettre un frein à leurs excès, le Comité de Sûreté géné-

(1) Proihlhon : De la Justice dans la Révolution et dans Vfiglise, t. Il, p. 398.

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