LIVRE QUATRIÈME Ml
frémissant sous les allusions trop transparentes ! A ceux qui, comme Ronsin, Hébert et Vincent, avaient prêché la révolte, l'orateur disait : «Si vous voulez faire contre l'ordre présent des choses ce que le peuple a fait contre la tyrannie, vous êtes des méchants qu'il faut démasquer. » Aux étrangers qui couraient dans les sociétés populaires, criant et gesticulant plus fort que les plus ardents patriotes : « 11 est artificieux le parti de l'étranger qui, sous le prétexte d'une plus grande sévérité que vous contre les détenus, n'attend qu'un moment de tumulte pour leur ouvrir les prisons. Je vois les imitateurs de Précy, qui mit Lyon en révolte contre la liberté ; les imitateurs de Charette qui souleva la Vendée contre le peuple français. » Puis il déplore de nouveau l'influence démesurée des fonctionnaires , son thème favori; et dénonce, en passant, la faction des indulgents, derrière laquelle s'abrite la réaction menaçante et irritée, comme jadis elle s'était cachée derrière les Girondins. Sans doute, lorsqu'il invoque la simplicité des mœurs antiques, lorsque, dans un accès de réminiscence classique, il rappelle à la France du xvme siècle le bonheur de Sparte et d'Athènes dans leurs beaux jours, il oublie trop les nécessités d'une civilisation vieillie et raffinée, mais que de belles choses au milieu de tout cela , profondes et vraies !
« Voulez-vous des emplois? Défendez les malheureux dans les tribunaux. Voulez-vous des richesses? Sachez vous passer du superflu... Le bonheur que nous vous offrîmes n'est pas celui des peuples corrompus. Ceux-là se sont trompés, qui attendaient de la Révolution le privilège d'être, a leur tour, aussi méchants que la noblesse et que les riches de la monarchie...
» Que voulez-vous, vous qui courez les places publiques pour vous faire voir et pour faire dire de vous : « Vois-tu, voilà un tel qui parle, voilà un tel qui passe!... » Citoyens, je reviens à cette cruelle idée, qu'après que nous eûmes parlé du bonheur, le parti de l'étranger s'efforça d'incliner l'idée du bonheur vers l'infamie, vers l'égoïsme, vers l'oubli, le mépris de l'humanité, vers la haine d'un gouvernement austère qui peut seul nous sauver... Que l'on oublie le bien général pour tuer la patrie avec un mieux particulier, c'est une lâcheté, c'est une hypocrisie punissable. C'est ainsi qu'on assiège la liberté; toutes les idées se confondent. Dites au méchant : « Nous avons remporté vingt batailles l'année dernière; nous avons douze cent mille combattants cette année. — Cela n'est rien, répondra-t-il ; j'ai un ennemi particulier dont il faut que je me délivre. » Ainsi sont conduites nos affaires; tout est renversé.
» Je ne sais si quelqu'un oserait dire toutes ces choses s'il se sentait en rien coupable ou complice des maux de son pays. Je vous parle avec la franchise d'une probité déterminée à tout entreprendre pour le salut delà patrie; la probité est un pouvoir qui défie tous les attentats. »
Après cette fière déclaration, il déclare qu'il ne reconnaîtra qu'une révolution a été accomplie que si la pudeur et la justice rentrent dans la cité, les contre-révolutionnaires et les fripons, dans la poussière ; si les malheureux sont indemnisés des dépouilles de tous les ennemis de la République, si les fonctionnaires s'assujettissent à faire le bien, et si enfin une aristocratie nouvelle ne vient pas prendre la place de celle qui a été détruite. Dans les gens qui ne font rien et qui ont une foule de valets inutiles, tandis qu'il y a des vaisseaux à con-