LIVRE QUATRIÈME
struire, des manufactures, a accroître et des terres à défricher, il voit le dernier appui de la monarchie.
« Il est, dit-il, une autre classe corruptrice: c'est le ménage des fonctionnaires. Le lendemain qu'un homme est dans un emploi lucratif, il met un palais en réquisition; il a des valets soumis; son épouse se plaint du temps; elle ne peut se procurer l'hermine et les bijoux à juste prix; elle se plaint qu'on a bien du mal à trouver des délices. Le mari est monté du parterre aux loges brillantes des spectacles, et tandis que ces misérables se réjouissent, le peuple cultive la terre, fabrique les souliers des soldats qui défendent ces poltrons indifférents. Ils vont le soir dans les lieux publics, se plaindre du gouvernement. « Si j'étais ministre, dit celui-ci ; si j'étais le maître, dit celui-là, tout irait mieux. » Hier, ils étaient dans l'opprobre et déshonorés ; la compassion les a comblés de biens, ils ne sont point assouvis ; il leur faut une révolte pour leur procurer les oiseaux du Phase. »
Puis, mettant en scène ceux que dévore une insatiable soif de réputation, il reprend :
« Il est tel homme qui, comme Érostratele fit à Delphes, brûlerait plutôt le temple de la Liberté que de ne point faire parler de lui; de là, ces orages soudain formés. L'un est le meilleur et le plus utile des patriotes; il prétend que la Révolution est finie, qu'il faut donner une amnistie à tous les scélérats. Une proposition si officieuse est accueillie par toutes les personnes intéressées, et voilà un héros ! L'autre prétend que la Révolution n'est point encore à sa hauteur. Chaque folie a ses tréteaux; l'un porte le gouvernement à l'inertie, l'autre
veut le porter à l'extravagance... Un œil hagard, un écrit sans naïveté, niais sombre et guindé, est-ce donc là tout le mérite du patriotisme? C'est l'étranger qui sème ces travers. Et lui aussi est révolutionnaire contre le peuple, contre la vertu républicaine; il est révolutionnaire dans le sens du crime; pour vous, vous devez l'être dans le sens de la probité et du législateur. »
Il faut donc poursuivre l'immoralité sous toutes ses formes et se hâter de châtier les conspirateurs, parce que, dit-il :
« Les rois d'Europe regardent à leur montre. En ce moment où la chute de notre liberté et la perte de Paris leur est promise, vous adhérerez aux mesures sévères qui vous seront proposées; vous soutiendrez la dignité de la nation, vous serez dignes de vous-mêmes dans cette circonstance, et par la sagesse, et par la force que vous déploierez. »
Il montre l'étranger cherchant à s'emparer des hommes faibles et corrompus par la promesse de la fortune ou du pouvoir; ceux-ci travaillant pour l'Angleterre, ceux-là pour les Bourbons, disposés à adhérer à tout ce qu'on leur propose. Et avec quelle vérité, avec quelle voix de prophète, il s'écrie :
« La réaction de la tyrannie contre une révolution qui aurait tout osé pour établir le bien, serait de tout oser pour rétablir le mal , et le peuple viendrait un jour pleurer sur les tombeaux de ses amis inutilement regrettés. »