LIVRE QUATRIÈME U
Il démontre ensuite que toute faction est criminelle parce qu'elle tend à diviser les citoyens et à neutraliser la puissance de la République.
« Les partis divers ressemblent à plusieurs orages dans le même horizon, qui se heurtent et qui mêlent leurs éclairs et leurs coups pour frapper le peuple. L'étranger créera donc le plus de factions qu'il pourra ; peu lui importe quelles elles soient, pourvu que nous ayons la guerre civile ; l'étranger soufflera même la discorde entre les partis qu'il aura fait naître, afin de les grossir et de laisser la Révolution isolée. »
Mais, continue-t-il,
« Ceux qui font des révolutions ressemblent au premier navigateur instruit par son audace. L'étranger ne sait pas où nous sommes susceptibles de porter l'intrépidité. Il fera chaque jour , et aujourd'hui même, après ce rapport, la triste expérience des vertus et du courage que sa férocité nous impose. »
Enfin, après avoir prédit que l'Europe, entraînée par l'exemple de la France, prendrait aussi, un jour, son vol vers la liberté et se débarrasserait de ses gouvernements despotiques; après avoir annoncé que des émigrés avaient été arrêtés dans Paris, les mains pleines d'or et de proclamations insurrectionnelles; après avoir assuré à la Convention que son Comité de Salut public était à la piste de tous les conspirateurs, et déclaré qu'ij venait lui demander, pour couper court à toutes ces intrigues, une loi sévère, mais juste, il termine en ces termes avec une imposante solennité et une irrésistible éloquence :
« Nous vous rendrons compte des périls dont nos devoirs nous auront environnés. Les conjurés bravent la vertu, nous les bravons nous-mêmes. Agrandissons nos âmes pour embrasser toute l'étendue du bonheur que nous devons au peuple français, tout ce qui porte un cœur sensible sur la terre respectera notre courage. On a le droit d'être audacieux, inébranlable, inflexible, lorsqu'on veut le bien.
» Peuple, punis quiconque blessera la justice; elle est la garantie du gouvernement libre. C'est la justice qui rend les hommes égaux; c'est le droit du plus fort qui fait la loi entre les méchants... Que la justice et la probité soient à l'ordre du jour dans la République; le gouvernement désormais ne pardonnera plus de crimes.
» Peuple, n'écoute plus les voix indulgentes ni les voix insensées; chéris la morale; sage par toi-même, soutiens les défenseurs ; élève tes enfants dans la pudeur et dans l'amour de la patrie ; sois en paix avec toi-même, en guerre avec les rois; c'est pour te ralentir contre les rois qu'on veut te mettre en guerre avec toi-même. Quoi ! l'on a pu te destiner à languir sous une régence de tyrans qui t'auraient rendu les Bourbons! Quoi! tout le sang de tes enfants morts pour la liberté aurait été perdu ! Quoi ! tu n'aurais plus osé les pleurer ni prononcer leurs noms! La statue de la Liberté aurait été détruite, et cette enceinte souillée par le reste impur des royalistes et des rebelles de la Vendée ! Les cendres de tes défenseurs auraient été jetées au vent!... Loin de toi ce tableau, ce n'est plus que le songe de la tyrannie ; la République est encore une fois sauvée ; prenez votre élan vers la gloire! Nous appelons à partager ce moment sublime tous les ennemis secrets de la tyrannie qui, dans l'Europe et