‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 215 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

dans le monde, portent le couteau de Brutus sous leurs habits. »

A la suite de ce rapport accueilli par des applaudissements frénétiques, Saint-Just lut un décret d'une excessive sévérité. Étaient déclarés traîtres à la patrie et devaient être punis comme tels, ceux qui seraient convaincus d'avoir favorisé dans la République un plan de corruption des citoyens, de subversion des pouvoirs et de l'esprit public, d'avoir excité des inquiétudes pour empêcher l'arrivage des denrées à Paris ; d'avoir donné asile aux émigrés et aux conspirateurs ; tenté d'ouvrir les prisons, d'ébranler ou d'altérer la forme du gouvernement républicain.

Il y était dit :

« La Convention nationale étant investie par le peuple français de l'autorité nationale, quiconque usurpe son pouvoir, quiconque attente à sa sûreté ou à sa dignité, directement ou indirectement, est ennemi du peuple, et sera puni de mort.

» La résistance au gouvernement révolutionnaire et républicain, dont la Convention nationale est le centre, est un attentat contre la liberté publique; quiconque s'en sera rendu coupable, quiconque tentera, par quelque acte que ce soit, de l'avilir, de le détruire ou de l'entraver, sera puni de mort, etc.. »

Ce décret, dont j'ai donné les dispositions les plus impitoyables , fut voté à Yunanimité par la Convention, et de toutes parts on réclama l'impression du rapport de Saint-Just. Legendre, renchérissant sur l'enthousiasme général, réclama, outre l'impression, l'envoi du rapport

aux municipalités, aux armées et aux sociétés populaires. « Je demande, ajouta-t-il, que les fonctionnaires publics, désignés par les autorités constituées, soient tenus de le lire, les jours de décadi, dans le temple de la Raison. » Il était difficile de pousser plus loin l'admiration; la proposition de Legendre fut immédiatement adoptée par acclamation.

Il fallait donc que les circonstances fussent bien graves et bien impérieuses , pour qu'une Assemblée comme la Convention, composée de plus de six cents membres, votât avec le plus complet accord, sans qu'aucune voix dissidente protestât, une loi aussi rigoureuse; bien coupables ont été les ennemis acharnés qui la portèrent à de telles extrémités.

Le lendemain du jour où fut prononcé le discours de Saint-Just, Fouquier-Tinville écrivit au Comité de Salut public que, par suite d'une instruction qui avait eu lieu au tribunal , « il avait cru devoir ne pas différer un instant de faire mettre en arrestation et incarcérer à la Conciergerie, Ronsin, Hébert, Vincent, Momoro, Ducroquet et le général Laumur, » et qu'un banquier hollandais, nommé Knoff, ne tarderait pas a être également arrêté. « Je vous promets, disait-il en terminant, qu'il ne sera rien négligé par le tribunal pour parvenir à assurer enfin la tranquillité et la liberté du peuple et la sûreté de la Convention. »

Le même jour, Couthon, après avoir déclaré, sur la foi de l'agent de France en Suisse, que, depuis un mois, les émigrés comptaient sur le massacre d'une partie de la Convention, lut, à la tribune de l'Assemblée, deux lettres saisies sur des étrangers, lettres qui, sans prouver

(1) Voyez le Moniteur du 24 venlôse an n, n° 174, séance du 25.

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