LIVRE QUATRIÈME
hommage au gouvernement révolutionnaire, annonça un nouveau rapport de Saint-Just sur une nouvelle faction (1).
Des amis, effrayés d'allusions trop transparentes, peutêtre aussi de demi-confidences, l'avertirent du danger. Mais lui, retiré dans sa petite maison de campagne de Sèvres, avec sa jeune femme, ne voulut pas y croire. A ceux qui lui donnaient à entendre qu'on pourrait bien en venir à l'arrêter, il répondait, comme César : « Ils n'oseront pas. » Et, quand on lui parlait de fuir, il repoussait bien loin ce conseil, aimant mieux mourir, à tout prendre, que d'aller faire nombre au dehors avec les ennemis de la République. Elle est de lui, cette phrase, si populaire et si touchante : « On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers. »
Cependant les membres des Comités de Salut public, de Sûreté générale et de Législation se réunirent dans la nuit du 10 au 11 germinal (30 au 31 mars). Le Comité de Salut public n'avait pas voulu assumer sur lui seul la responsabilité de la terrible mesure qu'il allait proposer. On a tenté d'attribuer trop exclusivement à Robespierre et à Saint-Just le coup qui a frappé les dantonistes ; ils y contribuèrent sans doute, mais l'initiative ne vint pas d'eux, et si Saint-Just rédigea l'acte d'accusation dans cette malheureuse affaire, c'est qu'il en fut chargé par ses collègues , comme l'avait d'avance annoncé Barère à la Convention. A qui, d'ailleurs, persuadera-t-on de bonne foi que des hommes de la trempe de Carnot, de Prieur, d'Élie Lacoste, de Moïse Bayle, de Collot et de Billaud-Varennes aient simplement cédé à la volonté de deux de leurs collègues ? L'idée pre-
(i) Moniteur du 30 venlôse an u, n° 180.
mière de ce coup d'État appartient à Billaud-Varennes; il faut lui en restituer l'honneur ou la honte (1). Ce qu'il y a de certain, c'est que l'entente fut générale; c'estque, dans cette terrible nuit du 10 au 11 germiual, le rapport de Saint- Just, soumis à la sanction des trois Comités, reçut une approbation unanime; c'est que pas une voix ne s'éleva pour prendre la défense des députés proscrits; c'est que, lorsqu'on en vint à la signature de l'ordre de proscription, tous les membres présents des Comités de Salut public et de Sûreté générale, excepté Ruhl et Robert Lindet, signèrent, Billaud le premier, Carnot ensuite, puis le Bas, Louis, Collot, Barère, Saint-Just, etc. Cet ordre reçut immédiatement son exécution ; les Comités se séparaient à peine, qu'à six heures du matin, Danton, Camille Desmoulins, Philippeaux et Lacroix étaient arrêtés et conduits à la prison du Luxembourg.
Elle s'ouvrit le 11 germinal, cette fatale séance, dans laquelle Danton allait être livré au Tribunal révolutionnaire. Après Delmas, qui demanda que les membres des Comités fussent invités à se rendre immédiatement dans le sein de la Convention, Legendre monta à la tribune. Il débuta brusquement par quelques paroles en faveur de son ami dont il annonça l'arrestation, ajoutant que trois autres députés, dont il ignorait les noms, avaient été également arrêtés dans la nuit. Fayau lui répondit, puis Robespierre, qui commença ainsi :
« A ce trouble depuis longtemps inconnu qui règne dans cette assemblée; aux agitations qu'ont produites les premières paroles de celui qui a parlé avant le
(i) Cela résulte clairement de son discours du 9 thermidor, dans lequel il accuse Robespierre d'avoir pri? d'abord la défense de Danton.