‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 224 sur 351 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Saint-Just n'est plus qu'un écho, comme on peut s'en convaincre en comparant ces passages dé son rapport aux notes laissées par Robespierre.

Il reproche à Danton d'avoir servi la tyrannie; d'avoir été le protégé de Mirabeau et d'être resté muet tant qu'avait vécu ce personnage; d'avoir, en rédigeant avec Brissot la pétition du Champ-de-Mars, été cause du massacre de deux mille patriotes et de s'être tranquillement retiré à Arcis-sur-Aube, tandis que les signataires de la pétition étaient ou chargés de fers ou tués; il lui reproche ses liaisons avec Lameth, et, chose inouïe! sa tiédeur au 10 août. Il l'accuse, sans plus de raison, d'avoir défendu la Gironde, et de s'être vanté publiquement de n'avoir jamais dénoncé Gensonné, Guadet et Brissot. Et lui, Saint-Just, ne s'était-il pas proposé comme otage? Il l'accuse d'avoir été le complice de Dumouriez, de lui avoir envoyé Fabre en ambassade et d'avoir fait son éloge; d'avoir conspiré avec Wimpfen et d'Orléans, et vu avec déplaisir la révolution du 31 mai ; il l'accuse d'avoir inspiré les écrits de Camille Desmoulins et de Philippeaux, et appelé Westermann à Paris, pour que la conspiration eût une épée. Aucune de ces accusations qui ne soit dans le manuscrit de Robespierre. Saint-Just n'y a mis que son style, qui, il faut le dire, y ajoute une force et une vigueur étonnantes.

Robespierre, dans son projet, pour prouver la noirceur d'âme de Danton , raconte que celui-ci, devant Laignelot, lui parla un jour de Desmoulins avec mépris, attribuant les écarts du bouillant journaliste à un vice honteux, étranger aux crimes des conspirateurs. Saint- Just s'empare de cette idée, et, dans une sorte de résumé, prenant Danton à partie, il lui dit :

« ... Faux ami, tu disais, il y a deux jours, du mal de Dosmoulins, instrument que tu as perdu, et tu lui prétais des vices honteux; méchant homme, tu as comparé l'opinion à une femme de mauvaise vie; tu as dit que l'honneur était ridicule, que la gloire et la postérité étaient une sottise. Ces maximes devaient te concilier l'aristocratie : elles étaient celles de Catilina. »

Ainsi, suivant le rapporteur, c'est -Danton qui a entraîné Camille Desmoulins. Ce dernier, dans sa lettre à Dillon et dans son Vieux Cordelier, avait lancé contre Saint-Just quelques-uns de ses traits les plus acérés, ce qui, soit dit en passant, dénotait un âme assez peu généreuse, surtout quand le journaliste, devenu pamphlétaire, s'amusait, à propos du général Dillon, à railler le jeune membre du Comité de Salut public sur le peu de succès du poëme d'Organt, plus encore oublié de son auteur que de tout autre. Aussi, n'a-t-on pas manqué d'attribuer à une vengeance personnelle de Saint-Just l'accusation dirigée contre CamilleDesmoulins. Eh bien, je serais tenté d'affirmer que dans cette affaire, comme dans tous les actes de sa vie, Saint-Just a agi en dehors de toute préoccupation personnelle. Mais , s'il avait voulu se venger, rendre ridicule pour ridicule, lui qui savait manier l'arme de la parole, quelle plus belle occasion ? Comme avec la lettre à Dillon et les numéros du Vieux Cordelier, qui avaient tant réjoui la réaction, il pouvait écraser Camille! Camille qui, involontairement peut-être, mais aux applaudissements de tous les ennemis de la République, s'était laissé entraîner sur une pente au bas de laquelle était infailliblement ou la trahison, ou la désertion. Comment, néanmoins, agit Saint-Just à son égard? S'il est un accusé pour lequel il

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