‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 225 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

témoigne quelque modération, c'est précisément Camille Desmoulins.

Robespierre n'avait pas à se plaindre, lui personnellement, de l'auteur des Révolutioris de France et de Brabavt; il en avait toujours été comblé de bénédictions, d'encens, et, disons le mot, de flatteries. Pourquoi donc le laissa-t-il sacrifier? C'est qu'apparemment, dans son implacable austérité, il crut nécessaire la perte de l'infortuné Camille. C'est lui-même qui l'accuse, et Sainl-Just, dans son rapport, ne fait que paraphraser ainsi les notes du maître :

« Camille Desmoulins, qui fut d'abord dupe et finit par être complice, fut, comme Philippeaux, un instrument de Fabre et de Danton. Celui-ci raconta, comme une preuve de la bonhomie de Fabre, que, se trouvant chez Desmoulins au moment où il lisait à quelqu'un l'écrit dans lequel il demandait un comité de clémence pour l'aristocratie, et appelait la Convention la cour de Tibère, Fabre se mit à pleurer : le crocodile pleure aussi. Comme Camille Desmoulins manquait de caractère, on se servit de son orgueil. Il attaqua en rhéteur le gouvernement révolutionnaire dans toutes ses conséquences. 11 parla effrontément en faveur des ennemis de la Révolution, proposa pour eux un comité de clémence, et attaqua les représentants du peuple dans les armées; comme Hébert, Vincent et Ruzot lui-même, il les traita de proconsuls. Il avait été le défenseur de l'infâme Dillon avec la même audace que montra Dillon lui-même, lorsqu'à Maubeuge, il ordonna à son armée de marcher sur Paris et de prêter serment de fidélité au roi. Il combattit la loi contre les Anglais; il en reçut des remercîments en Angleterre dans les journaux de ces temps là. Avez-

vous remarqué que tous ceux qui ont été loués dans l'Angleterre ont ici trahi leur patrie? »

Voilà les seules lignes consacrées à Camille Desmoulins dans le foudroyant rapport de Saint-Just. Et là, rien qui ne fût rigoureusement exact. Assurément, ces griefs étaient loin de mériter la mort. Camille avait même pris soin de déclarer, dans le dernier numéro de son Vieux Cordelier, le chant du cygne ! qu'en réclamant un comité de clémence, il n'avait fait, en définitive, que demander, comme Saint-Just, justice pour les patriotes détenus. Mais Saint-Just n'avait pas à condamner ou à innocenter Camille Desmoulins; ce droit appartenait au Tribunal révolutionnaire, qui seul pouvait, qui aurait dû acquitter les accusés, comme jadis il avait acquitté Marat. Une fois Saint-Just chargé de présenter un rapport sur des hommes dénoncés par le Comité du Salut public, il ne lui était guère possible de dire rien de moins sur le pauvre Camille; il lui était permis de dire beaucoup plus. Au reste, si l'on se rappelle quelle triste opinion Saint-Just. professait sur l'auteur du Vieux Cordelier, bien longtemps avant que celui-ci songeât à lui décocher quelqu'une de ces plaisanteries amères qui entraînaient bien le droit de représailles ; si l'on n'a pas perdu le souvenir de cette phrase concernant Camille Desmoulins, dans une lettre de Saint-Just à Daubigny, datée de 1792 : « Allez voir Desmoulins... dites-lui qu'il ne me reverra jamais, que j'estime son patriotisme, mais que je le méprise, lui, parce que j'ai pénétré son âme..., » on conviendra que, dans l'affaire des dantonistes, l'homme d'État avait parfaitement oublié les blessures du poète.

Nombre d'écrivains, amoureux d'anecdotes et de nou-

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