‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 227 sur 351 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

« Peu importe, dit-il, que le temps ait conduit des vanités diverses à l'échafaud, au cimetière, au néant, pourvu que la liberté reste. On apprendra à devenir modeste; on s'élancera vers la solide gloire et le solide bien, qui est la probité obscure. Le peuple français ne perdra jamais sa réputation; la trace de la liberté et du génie ne peut être effacée dans l'univers. Opprimé dans sa vie, le génie opprime après lui les préjugés et les tyrans...

» Pour vous, après avoir aboli les factions, donnez à cette République de douces mœurs; rétablissez dans l'état civil l'estime et le respect individuel. Français, soyez heureux et libres ; haïssez tous les ennemis de la République; mais soyez en paix avec vous-mêmes. La liberté vous rappelle à la nature, et l'on voulait vous la faire abandonner. N'avez-vous point d'épouses a chérir, d'enfants à élever? Respectez vous mutuellement. Et vous, représentants du peuple, chargez- vous du gouvernement suprême, et que tout le monde jouisse de la liberté, au lieu de gouverner. La destinée de vos prédécesseurs vous avertit de terminer votre ouvrage vousmêmes, d'être sages et de propager la justice sans courir à la renommée, semblables à l'Être suprême, qui met le monde en harmonie sans se montrer...

» Les jours du crime sont passés ; malheur à ceux qui soutiendraient sa cause ! sa politique est démasquée ! Que tout ce qui fut criminel périsse! On ne fait point de républiques avec des ménagements, mais avec la rigueur farouche, la rigueur inflexible envers tous ceux qui ont trahi. Que les complices se dénoncent, en se rangeant du parti des forfaits! Ce que nous avons dit ne sera jamais perdu sur la terre. On peut arracher à la vie les hommes qui, comme nous, ont tout osé pour la

vérité; on ne peut point leur arracher les cœurs ni le tombeau hospitalier sous lequel ils se dérobent à l'esclavage et à la honte de voir laisser triompher les méchants. »

Après la lecture de ce rapport, qui fut accueilli par les plus vifs applaudissements, l'Assemblée, à l'unanimité, décréta d'accusation Danton, Camille Desmoulins, Hérault, Lacroix etPhilippeaux, et, en conséquence, ordonna leur mise en jugemenjt, avec Fabre d'Églantine (1).

Où donc étaient alors les partisans de Danton qui plus tard reprocheront niaisement sa mort à Robespierre, après l'avoir eux-mêmes décrétée? Où donc était ce Courtois, destiné à élever, après thermidor, le plus odieux monument qu'ait jamais imaginé la lâcheté humaine, et à écrire, un jour, de si méchants vers en l'honneur de Bonaparte?

Dans la soirée du 11 germinal le rapport de Saint-Just fut lu au club des Jacobins et reçu, là aussi, par des acclamations multipliées (2).

On connaît les émouvantes péripéties du procès des dantonistes, l'indignation de ceux-ci d'être confondus, sur le banc criminel, avec Chabot et autres, accusés de vol et de concussion ; on connaît les virulentes apostrophes de Danton, les incertitudes des jurés, les transes de Fouquier-Tinville et du président. L'espace nous manque pour raconter ce drame immense; notre tâche, d'ailleurs, doit se borner, autant que possible, à l'histoire de Saint-Just. La fatalité voulut qu'il contribuât encore à précipiter le dénoûment de cette sombre tragédie.

(1) Voyez le Moniteur du 12 germinal an n, n° 192.

(2) Voyez le Moniteur du 16 germinal, n° 196, séance des Jacobins, sous la présidence de Legendre.

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