‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 230 sur 351 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Principal grief contre Robespierre cl Saint -Just.— On invite Legendre

et Bourdon (de l'Oise) à les assassiner. — Lucile Desmoulins. — Travaux

du Comité de Salut public. — Barèrc et ses Mémoires. — Rapport de

Saint-Just sur la police générale de la République.— Loi du 27 germinal.

— Saint-Just est de nouveau envoyé à l'armée du Nord.

Le grand crime de Robespierre et de Saint-Just, aux yeux de la réaction, est d'avoir voulu donner à la République un gouvernement énergique et populaire, fondé sur la probité, sur le droit, sur l'égalité et la liberté ; car c'était éterniser la République. Établir un pouvoir qui fût en dehors de toute question de personnes, et offrît à la nation les plus solides garanties contre tous les ambi-

tieux, tel était le rêve de ces grands hommes ; de là, leur guerre à outrance contre les exagérés, les fripons et les contre-révolutionnaires. Une fois un pareil gouvernement organisé, la Révolution cessait ; c'en était fait de l'anarchie et de la monarchie en France, et l'on n'aurait pas vu se dresser, par la suite, tant de prétentions rivales sur les ruines de la République.

Ce rêve généreux de Robespierre et de Saint-Just était aussi celui des le Bas, des Carnot, des Lindet, des Grégoire et de tous les conventionnels probes et convaincus ; mais, comme les premiers représentaient par excellence ce parti sérieux et honnête qui voulait l'affermissement de la République, c'a été surtout sur eux que se sont accumulées les haines des contre-révolutionnaires. Ils eurent aussi pour ennemis tous les membres tarés de l'Assemblée, les Dumont, les Rovère, les Fréron, les Tallien, les Fouché, qui se savaient exclus d'avance d'un gouvernement régulier; aussi verra-t-on plus tardées hommes conclure une monstrueuse alliance avec les royalistes, et envoyer à l'échafaud, après thermidor, deux fois plus de victimes qu'il n'y en eut dans les quatorze mois de la terreur; seulement alors, au lieu de commettre de fatales erreurs , ils agiront sciemment et sans conviction; au lieu de frapper les fripons débarrassés désormais d'incommodes censeurs, ils frapperont des gens intègres; au lieu de guillotiner des traîtres et des conspirateurs, ils guillotineront des républicains, et ces étranges modérés, souillés de sang et de boue, iront danser au Bal des Victimes.

Ce ne fut pas la mort de Danton qui les souleva et les unit contre Robespierre et Saint-Just, car ils y avaient tous participé, et aucun ne s'était présenté pour défendre l'illustre accusé, mais bien l'ennui d'être surveillés par

Page 1