‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 236 sur 351 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

» Honorez l'esprit; mais appuyez-vous sur le cœur. La liberté n'est pas une chicane de palais : elle est la rigidité envers le mal ; elle est la justice et l'amitié. Ces idées avaient disparu : de là, la dissolution et l'impunité générale. Les patriotes, détournés des méditations qui enfantent les belles lois, pour se défendre contre les factions, abandonnaient la République à tous les orages, à toutes les imprudences, à tous les crimes.

» 11 n'est point de gouvernement qui puisse maintenir les droits des citoyens sans une police sévère; mais la différence d'un régime libre à un régime tyrannique est que, dans le premier, la police est exercée sur la minorité opposée au bien général et sur les abus ou négligences de l'autorité ; au lieu que, dans le second, la police de l'État s'exerce contre les malheureux livrés à l'injustice et à l'impunité du pouvoir.

» Dans les monarchies, tous les hommes puissants sont libres et le peuple est esclave; dans la République, le peuple est libre, et les hommes revêtus du pouvoir, sans être assujettis, sont soumis à des règles, à des devoirs, à une modestie très-rigoureuse.

» Vous avez été sévères ; vous avez dû l'être, mais vous l'avez été judicieusement : il a fallu venger nos pères et cacher sous ses décombres cette monarchie, cercueil immense de tant de générations asservies et malheureuses; il a fallu résister au crime par la justice inflexible, détruire les conjurations et punir l'hypocrisie sanguinaire de ceux qui, sans courage, prétendant relever le trône et dissimulant avec la République, ont occasionné la tourmente de l'État par des forfaits sombres, des écueils cachés.

» Que serait devenue une république indulgente contre des ennemis furieux? Nous avons opposé le glaive au

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glaive, et la liberté est fondée; elle est sortie du sein des orages. Cette origine lui est commune avec le inonde, sorti du chaos, et avec l'homme, qui pleure en naissant. »

Ici, des salves d'applaudissements interrompirent l'éloquent rapporteur du Comité de Salut public. Les souffrances de nos pères évoquées, cette lutte de cinq ans si fièrement retracée, la conduite des rois comparée à celle des peuples, tout cela arrachait à l'Assemblée émue des acclamations enthousiastes. Ah! c'est que ce n'étaient point des paroles de rhéteur celles qui tombaient de la bouche de cet héroïque jeune homme; elles retentissaient aussi fort que le canon grondant aux frontières ; et, quand on les répétait dans les camps, à la lueur des feux du bivac, le soldat sentait grandir son patriotisme et son intrépidité !

Que de fortes maximes ! que de mots profonds, qui devaient frapper les esprits !

« Qu'est-ce qu'un roi près d'un Français?... Que la loi soit pleine de roideur envers les ennemis de la patrie ; qu'elle soit douce et maternelle envers les citoyens!... Une révolution comme la nôtre n'est pas un procès, mais un coup de tonnerre sur tous les méchants!... Ce sont les chefs qu'il faut discipliner, parce que tout mal résulte de l'abus du pouvoir... Ambitieux, allez vous promener une heure dans le cimetière où dorment les conjurés et le tyran , et décidez-vous entre la renommée, qui est le bruit des langues, et la gloire, qui est l'estime. »

Le parti pour lequel la liberté du peuple est un joug, doit être expulsé, suivant Saint-Just, parce qu'il n'y a pas de paix possible à conclure avec lui.

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