LIVRE CINQUIÈME
« Vous ne parlez pas la même langue, vous ne vous entendrez jamais; chassez-le donc! L'univers n'est point inhospitalier, et le salut public est parmi nous la loi suprême. Ces partisans incorrigibles de la tyrannie ne respirent que notre perte, et, chaque jour, ils font un ennemi de plus à la République. Qu'ils soient superbes partout ailleurs ; on ne peut être ici que citoyen.
» Il y aurait de l'inhumanité à leur sacrifier tout un peuple; il y aurait aussi de l'injustice à ne pas distinguer les bons des méchants. La cruauté frappe sans mesure ; mais la sagesse concilie tout. Purgez donc la patrie de ses ennemis déclarés. La modesLie républicaine les indigne; il leur faut la puissance qui n'appartient ici qu'à la démocratie. Qu'ils soient bannis et tous les vices avec eux, et que la Providence les conduise dans un autre hémisphère, et les instruise à la vertu par le malheur. Interdisez le séjour de Paris, celui des ports, celui des places fortes à tous les nobles, à tous les étrangers ; la cour était autrefois interdite aux plébéiens... Heureux ceux qui essuieraient le reproche d'avoir été funestes aux ennemis de la patrie. Il n'y eut personne assez éhonté dans Rome pour reprocher la sévérité qui fut déployée contre Catilina comme un acte de tyrannie; mais Rome aimait alors la liberté. Il n'y eut que César qui regretta ce traître, et qui prétendit que la liberté, qu'il devait un jour détruire lui-même, était violée dans la personne de Catilina.
» L'aristocratie , sous le régime monarchique, foulait aux pieds la religion , objet de ses railleries; la probité était ridicule à ses yeux. Elle inventait des passions et des sottises pour irriter sa satiété; elle foulait les campagnes ; elle insultait à la misère et se moquait de la terre et du ciel. Aujourd'hui l'aristocratie hypocrite, qui, elle-
même, sans s'en apercevoir, a détruit ce qu'elle regrette, nous oppose effrontément des bienséances qu'elle foula toujours aux pieds ; il n'y a point de bienséances à respecter envers les ennemis du peuple...
» Le peuple est juste, dit-il un peu plus loin ; les pouvoirs sont souvent iniques. C'est une chose affreuse de tourmenter le peuple. Les lois et le gouvernement doivent peser sur les pouvoirs qui tendent toujours à l'indépendance. Il n'en sera plus de même désormais...
» Vous vous êtes étrangement trompés, vous qui avez cru que l'insolence était une sauvegarde de la justice et des lois, et qui vous êtes environnés d'audace pour leur échapper ! Tout sera pesé au poids du bon sens. Ceux-là surtout seront poursuivis sans pitié qui violeraient la garantie de la liberté publique en outrageant la représentation. Vous vous êtes trompés aussi, vous qui avez volé l'État, et croyez jouir longtemps du prix de vos forfaits... Attendez-vous aux gémissements éternels de tous les fripons; ils deviendront une faction de publicistes, accusant de rigueur la main qui les frappe. Vous n'aurez pas plutôt fait régner un mois la justice distributive, que la République changera de face et que l'abondance renaîtra... Que la justice se répande donc comme un torrent partout où il est demeuré des complices. Le moment est venu de tirer du sommeil tous les dépositaires de l'autorité publique.
» La comptabilité aura à justifier son indulgence envers les comptables.
» Les départements rendront compte de l'affreux état des chemins, qui menacent de la famine par l'interception des convois et des communications.
» L'administration des postes rendra compte de la nullité du service. Nous déclarons la guerre à tous les