‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 238 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

abus par lesquels on a servi les factions pour faire abhorrer la liberté et provoquer la tyrannie.

» Les départements répondront de l'air de souveraineté qu'ils ont souvent pris devant les malheureux.

» Les pouvoirs répondront de toute coalition criminelle contre la liberté publique.

» Les juges de paix rendront compte de la justice refusée aux pauvres des campagnes.

» Les tribunaux des armées rendront compte de la discipline des chefs de corps et de leur courtoisie envers les hommes puissants. Ce n'est point là le despotisme, sans doute; ce serait un étrange privilège que celui de pouvoir récuser comme despotisme l'âpreté nécessaire pour châtier les méchants ! Favorisez la justice de toute votre puissance, elle seule rétablira nos affaires. Annoncez à la France que tout abus reconnu sera foudroyé, et que tout homme injuste envers le peuple en portera la peine. »

S'il y a, en révolution, une exaltation honorable et permise, poursuit-il, c'est celle de Galon, celle qui pousse au mépris des richesses et à la simplicité courageuse des mœurs, car alors elle est vertu et non pas fureur.

« Formez les institutions civiles, les institutions auxquelles on n'a point pensé encore ; il n'y a point de liberté durable sans elles; elles soutiennent l'amour de la patrie et l'esprit révolutionnaire, môme quand la Révolution est passée. C'est par là que vous annoncerez la perfection de votre démocratie, que vous annoncerez la grandeur de vos vues, et que vous hâterez la perte de vos ennemis en les montrant difformes à côté de vous. Bientôt, les nations éclairées feront le procès à la mémoire de ceux qui ont régné sur elles, et traîneront leurs ossements 11. n

sur l'échafaud ; l'Europe foulera aux pieds et la poussière et la mémoire des tyrans. Alors, tout gouvernement qui ne sera point fondé sur la justice sera abhorré. L'esprit humain est aujourd'hui malade, et sa faiblesse produit le malheur parce qu'elle souffre l'oppression. N'en doutez pas, tout ce qui existe autour de nous doit changer et finir, parce que tout ce qui existe autour de nous est injuste: la victoire et la liberté couvriront le monde. Ne méprisez rien, mais n'imitez rien de ce qui est passé avant nous : l'héroïsme n'a point de modèles. C'est ainsi, je le répète, que vous fonderez un puissant empire, avec l'audace du génie et la puissance de la justice et de la vérité. Ce sont des choses dont l'aristocratie ne peut point abuser. N'imposez point d'autres vertus aux citoyens que la probité, que le respect de la liberté, de la nature, des droits de l'homme et de la représentation nationale... Que la Convention plane sur les pouvoirs; qu'ils la respectent et fassent le bien. Qu'on mette de la différence entre être libre et se déclarer indépendant pour faire le mal. Que les hommes révolutionnaires soient des Romains et non pas des Tartares.

» Je termine par ce principe invariable : c'est que l'autorité publique doit religieusement exécuter vos décrets. Voilà la source et l'unique règle de la police générale de la République et du gouvernement révolutionnaire , qui n'est autre chose que la justice favorable au peuple et terrible à ses ennemis. »

Tel est ce discours étincelant de tant de beautés, plein des vues les plus judicieuses et les plus élevées, et que nous regrettons de n'avoir pu reproduire en entier (1).

(1) Voyez cet immense rapport dans le Moniteur du 27 germinal an h,

Page 1