CHAPITRE II
Calomnies îles thermidoriens sur Robespierre, Saint-Jusl el leurs amis. — Barras moraliste! — Les libellâtes de la Restauration.— Madame de Sainte-Amaranthe. — Odieuses calomnies. — Une lettre de M. Philippe le Bas (de l'Institut). — Défense de Saint-Juat. — Une page des Mémoires de Levasseur. — Les Mémoires de Senar. — Alexis Dumesnil, auteur de VEsprit des religions. — Affaire de la famille de Sainte- Amaranthe. — Bonne foi d'un prétendu biographe de Saint-Just. — Conclusion.
Quand les thermidoriens eurent tué Robespierre, Saint-Just, le Bas, Couthon, c'est-à-dire les hommes les plus intègres et les plus vertueux de la République, ils essayèrent de souiller la mémoire de leurs victimes, dont le prestige semblait déposer contre eux. Après s'être emparés de tous les papiers de leurs ennemis morts, ils s'empressèrent d'anéantir ce qui était de nature à les compromettre eux-mêmes, à prouver leurs
dilapidations et leur infamie, et livrèrent à la publicité des pièces insignifiantes à l'aide desquelles ils bâclèrent contre les vaincus du 9 thermidor un acte d'accusation dont le ridicule égale seul la mauvaise foi.
Mais si, à l'aide de mensonges habiles, savamment calculés et répétés sans cesse, ils parvinrent à envelopper d'une sanglante auréole le souvenir de ces grands citoyens, ils s'efforcèrent en vain de ternir leur réputation de probité, de désintéressement et d'honnêteté. Ce fut Barras, qui le croirait? Barras ! le cynisme fait homme ! qui, le premier, se chargea d'attaquer celte réputation au sein de la Convention. Le 27 thermidor, il monta à la tribune, et après avoir lu quelques arrêtés concernant la prétendue conspiration, il insinua que Robespierre avait entretenu de nombreuses concubines, et que les « conjurés » s'étaient constamment livrés à d'excessives dépenses. « Ces satyres, dit-il, avaient, dans presque toutes les communes environnant Paris, des lieux de plaisance où ils s'adonnaient à tous les excès. » Et à l'appui de cette calomnie, quelle preuve, que dis-je? quelle ombre de vraisemblance présente-t-il ? C'est curieux, en vérité! « II paraît, » voilà tout, « il parait que Robespierre s'était réservé Monceau; Bagatelle était pour Couthon; Saint-Just avait le Raincy (1). » Jamais on n'avait vu la vertu si impudemment souffletée par le
(I) Voyez le Moniteur du 29 lliermidor an n, n° 329. M. Éd. Fleury, qui ne s'est même pas donné la peine de lire le Moniteur, suppose que Barras parut, une lettre dénonciatrice à la main. Cet écrivain, grand pourfendeur des répulalions révolutionnaires, accepte comme des réalités et développe complaisamment ces odieuses calomnies, trop niaises et trop bêtes pour être réfutées. Il est donc bien naïf ou de bien mauvaise foi. Nous le défions de sortir de ce dilemme. Voyez Saint-Just et la Terreur, t. II, p 210-219.