‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 25 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

» Et ont signé les officiers municipaux ci-dessus désignés. »

Cette adresse est un curieux échantillon de l'esprit dont étaient animées la plupart des communes de France, et témoigne combien la justice et la nécessité de la Révolution étaient vivement ressenties. Comme on le voit, il n'y a plus à révoquer en doute ce serment prêté par Saint-Just sur la flamme vengeresse. Cet acte, qui est bien en rapport avec le caractère déterminé de l'austère jeune homme, nous semble avoir quelque chose de stoïque : quatre ans plus tard, Saint-Just mourut fidèle à son serment. Pour M. Cuvillier-Fleury, qui n'est guère de nature à comprendre l'enthousiasme, ce n'est qu'une stupide parade. « Le récit est du temps, dit-il ; il en reproduit, sans trop d'exagération, le mensonge et la folie (1). » Cette appréciation d'une époque qui a vu naître la liberté de conscience, la liberté individuelle, l'égalité devant la loi et tant d'autres immortelles institutions, nous paraît bonne à enregistrer, venant d'un homme qui a dû à une famille élevée au trône par une révolution, des places et des honneurs dont la perte, pour cruelle qu'elle soit, devrait être regrettée peut-être avec moins d'amertume dans les pages maussades où il s'attaque à l'un des hommes les plus intègres de notre grande Révolution.

Pour nous, qui ne pouvons admettre l'assassinat, quels qu'en soient, d'ailleurs, le prétexte et le but, nous avouons naïvement qu'au trait de ce Mutius Scevola dévouant au feu la main qui a trompé sa fureur, nous préférons mille fois l'acte de ce jeune homme ardent qui, la main éten-

(1) Cuvillier-Fleury : Portraits politiques et révolutionnaires, t. IF, p. 292.

due sur la flamme dévorant le libelle contre-révolutionnaire, jure un dévouement éternel à sa patrie.

Saint-Just justifiait donc pleinement la confiance de ses concitoyens; il ne perdait aucune occasion de leur être utile ; les causes honorables avaient en lui un défenseur toujours prêt, et les opprimés de toute sorte pouvaient s'adresser à lui sans crainte d'être repoussés. Un jour, la commune de Blérancourt fut menacée de perdre ses marchés. Grande désolation dans le pays, dont ils étaient la principale source de prospérité. On s'adressa bien vite à Saint-Just, qui rédigea une pétition à l'Assemblée nationale. Ce fut à cette occasion qu'il écrivit à Robespierre la lettre suivante, qui a été l'origine de sa liaison avec le député d'Arras :

« Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue, vous que je ne connais que comme Dieu, par des merveilles, je m'adresse à vous, monsieur, pour vous prier de vous réunir à moi pour sauver mon triste pays. La ville de Coucy s'est fait transférer, le bruit en court ici, les marchés francs du bourg de Blérancourt. Pourquoi les villes engloutiraientelles les privilèges des campagnes? Il ne restera donc plus à ces dernières que la taille et les impôts?

» Appuyez , s'il vous plaît, de tout votre talent une adresse que je fais partir par le courrier, dans laquelle je demande la réunion de mon héritage aux domaines du canton pour que l'on conserve un privilège sans lequel il faut qu'il meure de faim. Je ne vous connais pas ; mais vous êtes un grand homme. Vous n'êtes pas seulement député d'une province, vous êtes celui de l'humanité et de la république. Faites, s'il vous plaît, que ma demande ne soit point méprisée. »

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