II. l'J
générale étaient assaillis de ces sortes de dénonciations, provenant d'un patriotisme plus ou moins éclairé, et, trop souvent, de vengeances particulières. Ceux qui les recevaient les transmettaient à leur Comité respectif, où ces pièces étaient examinées et où il y était donné suite, s'il y avait lieu. Or, Saint-Just demeura tellement étranger à l'affaire de madame de Sainte-Amaranthe, qu'il ne se servit même pas de cette note de police, car s'il en avait fait usage, elle n'eût pas été retrouvée dans ses papiers, et serait aujourd'hui, parmi toutes les autres dénonciations, aux archives de la préfecture de police, où elle manque à la collection.
Mais poussons plus loin la critique, et citons les onze lignes, bien certainement interpolées, qui concernent Saint-Just dans les Mémoires de Senar, en demandant pardon au lecteur de l'obscénité des expressions que nous sommes obligé de mettre sous ses yeux :
« Le cruel et féroce Saint-Just avait fait arrêter la Sainte-Amaranthe par ressentiment de n'avoir pu jouir d'elle, et par crainte ou soupçon qu'un autre, en cet instant, ne lui eût été préféré. Elle était en prison ; elle avait osé se plaindre du despotisme révoltant de ce monstre : Saint-Just demanda sa tête en la déclarant complice de cette conspiration à laquelle elle était absolument étrangère. Saint-Just l'exigea, et on la lui sacrifia sans preuve, sans aucun indice de suspicion (1) »
Autant de mots, autant de mensonges révoltants. Aucun historien n'y a cru, non, pas même M. de Barante. Lorsque ces misérables forgeaient de pareilles calom-
(1) Mémoires de Seuar, eli. XIII, |>. 102.