LIVRE CINQUIÈME
départ(l). Elles sont, au reste, en fort petit nombre et de très-médiocre importance.
Le Bas et Saint-Just arrivèrent à l'armée du Nord au moment où les troupes républicaines, sous les ordres de Moreau et de Souliam, venaient d'emporter Courtrai et Menin. Mais presque en même temps nous perdions Landrecies, malgré les efforts tentés pour conserver cette ville. Ce revers tenait à la fois et à la trahison et à la dissémination de nos forces sur une trop grande étendue de terrain. Aussi, dans une première dépêche, en date du 11 floréal, adressée à Saint-Just et à le Bas, Carnot recommanda-l-il de concentrer les troupes et d'agir en masse. Du reste, la prise de Landrecies n'affecta que médiocrement le grand organisateur des armées de la République.
« Nous ne croyons pas que ce revers puisse avoir des suites bien funestes, écrit-il à Saint-Just et à le Bas, le 12 floréal. On nous assure que l'ennemi se porte sur Cambrai; c'est de toutes ses manœuvres celle qui nous donne le moins d'inquiétude, cette ville étant très-forte. Nous ne craignons pour cette place que la trahison ; mais nous espérons que votre présence saura la déjouer... Défendez à présent les passages de la petite Elpe et de la Sambre, et poursuivez invariablement le projet de cerner l'ennemi et de l'enfermer dans la trouée qu'il a faite. Il y a sous les murs d'Avesnes, du côté de la Capelle, une position qui pourrait devenir excellente et garantir la ville d'un siège, avec une seule redoute qu'on pourrait exécuter dans très-peu de jours ; il serait bon que Pichegru reconnût ou fît reconnaître cette position.
(I) J'ai vérifié le fait aux archives de la guerre.
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)) Nous allons vous parler d'une autre idée dont vous ferez l'usage qui vous paraîtra convenable. Nous vous invitons seulement à la peser attentivement, Si, comme on l'assure, Landrecies ne s'est rendue qu'après la destruction entière de son artillerie, l'ennemi ayant mené la sienne devant Cambrai pour en faire le siège, il ne doit plus y en avoir pour défendre cette première ville, si elle se trouvait brusquement attaquée par vous. Nous pensons donc qu'il serait possible de la reprendre par un coup de main bien préparé, si le secret est bien gardé... Dites à Pichegru que Jourdan doit marcher, dans peu de jours, vers la Belgique, avec 25,000 ou 30,000 hommes, pour seconder ses opérations; mais, s'il peut les faire sans attendre Jourdan, il ne faut pas qu'il perde un instant (1). »
Comme on le voit, les plans d'opérations imaginés par le génie de Carnot, étaient spécialement adressés à Saint-Just et à le Bas; ceux-ci, dans des conseils de guerre, fréquemment tenus, les communiquaient aux généraux et veillaient à leur exécution sur le terrain. Suivant les jeunes représentants, la prise de Landrecies ne tenait pas seulement à l'éparpillement des troupes, et, le U floréal, ils écrivaient, de Réunion sur-Oise, a leurs collègues du Comité de Salut public :
« Nous avons appris la nouvelle de la reddition de Landrecies. Ce malheur vient du désordre extrême qui règne dans cette partie de l'armée du Nord, depuis
(i) Toute la correspondance de Sainl-Just et de le Bas avec le Comilé de Salut public et les divers arrêtés pris par eux, que nous avons cilés dans les chapitres consacrés aux missions, sont tirés des archives de la guerre ou des archives nationales.