‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 257 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Maubeuge jusqu'à Cambrai. L'administration n'est pas meilleure; il manque une grande quantité d'effets de campement, et surtout des patriotes pour administrer. La division d'Avesnes occupe encore Maroelles, près Landrecies. Les régiments de cavalerie sont bons; mais la réquisition, ayant été incorporée tard, manque d'instruction. Nous avons trouvé de l'abattement parmi les généraux; aucun plan n'existait. Il faut à tout un but déterminé; l'on n'en a point ici. Hàtez-vous de nous envoyer un plan des mouvements depuis Cambrai jusqu'à Beaumont. L'ennemi n'est point en force; nous pourrions avancer dans la Flandre maritime , cerner Valenciennes, le Quesnoy, Landrecies, et marcher en avant. Répondez-nous sur-le-champ, ne perdez pas une heure. Nous allons essayer de rétablir l'ordre.

» Salut et amitié. »

L'intrigue et la trahison ne cessaient, en effet, de se dresser partout contre la République et la poussaient, malgré elle, à des mesures extrêmes. Quelquefois, au plus fort d'un combat, des cris de sauve qui peut partaient du milieu des troupes; assurément, ce n'étaient pas des bouches patriotes qui prononçaient ces honteuses paroles. Le général Goguet, ayant essayé de rallier ses soldats pour les ramener contre l'ennemi, après une panique causée par quelques traîtres, fut assassiné par un de ces misérables revêtus de l'uniforme français (1). Ces faits, retracés à la tribune de la Convention, avaient excité au sein de l'Assemblée une indignation et une fureur bien naturelles. Qu'on s'étonne donc, après cela, qu'un jour Saint-Just se soit écrié à Réunion-sur-Oise : « 11

(1) Voyez le Moniteur du 12 floréal an il, séance du 11, n° 222.

faut que les cimetières plus que les prisons regorgent de traîtres (1) ! »

Les Autrichiens étaient entrés à Landrecies, accompagnés d'un corps d'émigrés, et ils avaient horriblement maltraité les magistrats patriotes et les défenseurs de la ville, dont plusieurs furent lâchement massacrés, après la reddition. Saint-Just et le Bas ordonnèrent, en manière de représailles, l'arrestation des nobles et des anciens magistrats de Menin, de Courtraiet deBeaulieu, comme nous l'apprend cette lettre de Pichegru au général Moreau (4) :

« Je reçois à l'instant, général, un arrêté des représentants Saint-Just et le Bas, par lequel il m'est enjoint de faire arrêter les nobles et les magistrats de Menin, Courtrai et Beaulieu. Tu voudras bien, en conséquence, faire arrêter ceux de Menin et des environs, et les faire conduire à Lille sous bonne et sûre garde. Tu auras l'attention de ne point faire comprendre, dans cette disposition, ceux des magistrats ou municipaux nommés depuis notre arrivée dans le pays. J'écris au général

(1) Ces paroles sont, assure M. Éd. Fleur y, consignées sur le registre des délibérations du club de Guise.

(2) Voici, au rcsle, l'arrêté de Saint-Just cl de le Bas :

« Des magistrats du peuple, a Landrecies, oui été assassinés par les troupes autrichiennes, au mépris du droit des gens.

» Le général Picbcgru fera arrêter sur l'heure, par représailles, les nobles et magistrats de Menin, Courlrai el Beaulieu, et les enverra, sous bonne garde, à Péronne pour y être détenus el gardés, sous la responsabilité du commandant.

» A Réunion-sur-Oise, le 14 floréal an n de la République française une et indivisible.

» Saint-Just, le Bas. »

(Archives nationales.)

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