LIVRE CINQUIEME
laient les Autrichiens sur la chaussée et dans les faubourgs de Bruges, et contraignaient Clerfayt à se retirer en désordre, les troupes delà droite tentaient le passage de la Sambre. Malgré d'héroïques efforts, cette opération échoua complètement. Recommencée quelques jours après, par les ordres exprès de Saint-Just, elle fut d'abord couronnée de succès, comme on peut s'en convaincre par la dépêche suivante que Saint-Just et le Bas adressèrent à leurs collègues du Comité de Salut public.
« Au quartier général de Hantes, le 3 prairial, l'an n de la République une et indivisible.
» Chers collègues,
» Nous vous transmettons le compte rendu par les généraux de l'armée où nous sommes.
» D'après les mouvements concertés, en vertu de vos ordres, avec le général en chef Pichegru, et la réunion de l'armée des Ardennes avec la droite de l'armée du Nord, l'objet du général Desjardins étant de déborder l'aile gauche de l'ennemi et de le presser sur son flanc, d'intercepter ses convois et de gêner en tous sens ses communications, l'avis unanime de tous les généraux a été de passer la Sambre sur plusieurs points, de s'emparer des bois de Bonne-Espérance, de former une pointe sur la ville de Binche et de l'occuper.
» Cette expédition a réussi au delà de nos souhaits. Deux divisions partirent, le 1er prairial, de l'abbaye de Lobbes, que nous avions conservée malgré les efforts de l'ennemi, et se dirigèrent l'une sur les bois de Bonne- Espérance, l'autre sur le mont Sainte-Geneviève. Deux
autres divisions passèrent la Sambre sur plusieurs ponts que l'on avait jetés sur cette rivière.
» Le mouvement général ayant commencé à onze heures du matin, les quatre colonnes se trouvèrent, vers les cinq heures, a la même hauteur. Les troupes légères qui précédaient les colonnes, ayant successivement débusqué les postes avancés de l'ennemi, trois divisions commandées par les généraux Dépeaux, Fromentin et Mayer, marchèrent au bois qu'occupaient les ennemis, et après une résistance assez vigoureuse, l'emportèrent au bout d'une demi-heure. Une forte pluie qui survint empêcha qu'on ne poursuivît l'ennemi plus loin. L'armée bivouaqua tout entière sur le champ de bataille.
» La position que l'on venait de prendre, inquiétant singulièrement l'ennemi, le força à prolonger sa gauche jusque du côté de Rouvoix, et, le lendemain 2 prairial, l'ennemi résolut d'attaquer la position que notre armée avait prise. Pour cet effet, il dirigea plusieurs corps de cavalerie, tant sur notre droite que sur notre gauche, pour chercher à nous débusquer, par la vivacité de ses attaques, des points essentiels dont nous nous étions emparés la veille. L'attaque de l'ennemi fut soutenue par de très-fortes batteries qu'il avait placées très-avantageusement.
» Le feu commença à huit heures du malin. L'ennemi poussa alors dans la plaine une cavalerie nombreuse qui fit plusieurs charges sur la nôtre, commandée par le général de brigade d'Hautpoul. L'ennemi songea alors à tourner le village d'Erquelines pour prendre en flanc notre gauche. Le général de division Dépeaux ordonna à trois bataillons de chasser l'ennemi de ce village et de se mettre en position. Ces trois bataillons exécutèrent cet ordre, et l'ennemi se retira.