LIVRE CINQUIEME
sang français (1). Si nos troupes ne purent se maintenir dans les positions dont elles s'étaient emparées dans les journées des 1er et 2 prairial, ce fut par des circonstances indépendantes de la volonté de Saint-Just et contre lesquelles échoua toute son énergie ; les événements postérieurs ont, d'ailleurs, justifié la nécessité d'occuper les deux rives de la Sambre. Mais au moins ces écrivains, très-réactionnaires du reste, ont-ils rendu pleine justice au courage obstiné de Saint-Just, et serviraient-ils, au besoin, à prouver à quel point il prenait part aux opérations militaires, si ses arrêtés, ses rapports, ceux des généraux, et sa correspondance suivie avec Canot, n'étaient là pour en témoigner. 11 est donc étrange que Levasseur (de la Sarthe), qui parle si favorablement de Saint-Just chaque fois qu'il s'agit des affaires de l'intérieur, se soit montré, dans ses Mémoires, si injuste envers lui lorsqu'il y est question de la guerre et de l'armée. Il va même jusqu'à l'accuser d'avoir manqué de bravoure. Il raconte, en effet, qu'un jour de combat, ayant rencontré Saint-Just avec les généraux Schérer, Kléber et Desjardins, il leur reprocha de venir du quartier général au lieu d'être sur le champ de bataille. « Croyez-vous, dit Kléber d'un ton fort dur et d'un air fâché, que nous ayons peur (2; ? » Je ne veux pas d'autre justification pour Saint-Just que cette brève réponse du vainqueur d'Héliopolis.
M. Edouard Fleury, animé cette fois d'un esprit de justice dont il faut lui savoir d'autant plus de gré qu'il est plus rare chez lui, a pris chaudement fait et cause pour Saint-Just, et il a accumulé preuves sur preuves
(1) Voyez Manuel des braves, t. III, p. 199, et Victoires et conquêtes des Français, t. II, p. 261.
(2) Mémoires de Levasseur, t. II, p. 2i0.