II
afin de bien établir l'héroïsme de l'austère ami de Robespierre. Il est seulement à regretter qu'il ait commencé cette défense par une grossière erreur que je tiens à signaler pour démontrer une fois de plus avec quelle déplorable légèreté ce farouche ennemi de la Révolution a écrit son livre. « Un jour, raconte-t-il, Pichegru voulut présenter Levasseur à Saint-Just, et Levasseur dit à celui-ci : « Il me semble que tu devrais bien plutôt me » présenter le général (1). » M. Fleury veut dire que ce fut Saint-Just qui présenta Levasseur à Pichegru, au lieu de présenter ce dernier à Levasseur, suivant la hiérarchie qui mettait un représentant du peuple au-dessus d'un général; sa plume n'a pas rendu sa pensée; mais là n'est point la grande erreur. Lisons les Mémoires de Levasseur :
« Pendant que j'étais à Thuin, le général Pichegru vint visiter notre armée; je me rendis a l'abbaye de Lobbes, où était le quartier général. Un de mes collègues, qui accompagnait Pichegru, s'avança vers moi, m'embrassa, me prit par la main et dit au général Pichegru : « Général, j'ai l'honneur de vous présenter mon collègue » Levasseur (de la Sarthe). » Je reculai trois à quatre pas, et je répliquai avec fierté : a 11 me semble que tu devrais plutôt me présenter le général. » Pichegru me témoigna le plaisir qu'il avait de faire ma connaissance... Le soir, il rejoignit son armée. Après son départ, les généraux tinrent un conseil de guerre. Saint-Just et le Bas s'y trouvèrent; c'était la première fois que je voyais ces deux députés à l'armée... (2). »
(1) Voyez Saint-Just et la Terreur, par M. Éd. Fleury, t. II, p. 251.
(2) Mémoires de Levasseur, t. II, p. 257-238.