LIVRE CINQUIÈME
vent être inscrits également au Panthéon de l'histoire. Mais Saint-Just, avec des pouvoirs plus étendus, avait plus qu'eux je ne sais quelle puissance de fascination qui lui donnait sur les généraux et sur les soldats un immense ascendant et qui faisait dire à un parlementaire autrichien : « Ce M. de Saint-Just est un bien grand homme. »
Les auteurs des Victoires et conquêtes ont raconté avec une impardonnable négligence les combats acharnés livrés sur la Sambre, cinq fois passée et repassée. Sans doute, ces divers passages furent mêlés d'alternatives de succès et de revers , mais n'a-t-on jamais vu les meilleures dispositions et des efforts désespérés échouer contre des forces supérieures? Saint-Just comprenait parfaitement, avec cette intuition de la guerre dont il était doué, la nécessité de s'établir sur les deux rives de - la Sambre, avant d'attaquer Charleroi qu'il montrait sans cesse aux généraux comme le but de la campagne. Et si cette ville, clef de la Belgique, fut emportée enfin, ce fut grâce a l'énergie et à l'obstination de Saint-Just.
Les succès obtenus par nos troupes dans les journées des 1er et 2 prairial n'amenèrent pas immédiatement les résultats qu'il en avait espérés, et voici en quels termes il annonça au Comité de Salut public l'échec dont ils furent suivis trois jours après (1) :
« Le 5, avant le jour, les avant-postes ont été attaqués au-dessus de Merbes ; ils ont été surpris. La gauche a lâché pied et s'est repliée précipitamment sur la Sambre et l'a repassée. Au même instant, l'ennemi parut sur les hauteurs, il descendit même une pièce de 7 au bord de la
(1) Archives de la guerre,
Sambre, sur le pont de Solre, vraisemblablement pour nous empêcher de le détruire et pour tenter le passage. La pièce de 7 fut démontée; ceux qui la conduisaient mis en fuite et le pont a été défait.
» Le général Kléber, en ce moment, conduisait quinze mille hommes au delà de Lobbes pour faire une pointe au-dessous de Mons, et faciliter les mouvements de la gauche sur le camp de Grivelle. Il fut obligé de revenir sur ses pas ; il n'était encore que cinq heures du malin, et nos divisions de droite couraient risque d'être coupées. Duhem commandait à Lobbes, Mayer à Binche; ils opérèrent heureusement leur jonction. Je leur donne de justes éloges; ils ont soutenu toute la journée le feu à mitraille de huit ou dix pièces de gros calibre. Trois heures d'un feu roulant de mousqueterie et de bonnes manœuvres ont tellement couvert leurs troupes, que, quoique plus faibles, ils ont perdu peu de monde, se sont emparés, au pas de charge, de quelques positions de l'ennemi, lui onttuéou blessé plus de douze cents hommes, encloué une pièce de canon et fait deux cents prisonniers. En sorte que nous avons conservé le cours de la Sambre, et que la journée a fini par être funeste à l'ennemi.
» Le 6, l'ennemi a tenté le passage de la Sambre sur plusieurs points, et il a partout été repoussé avec perte. Le soir, il est descendu des hauteurs de la Tombe, sous Charleroi, et a fait une attaque assez vive sur Montigny ; il a perdu du monde, mais il a pris le village.
» Le 7, tout s'est mis en mouvement pour attaquer Montigny et le camp redoutable de la Tombe ; la journée s'est passée en une canonnade assez vive et en marches. L'ennemi a cependant tellement souffert, qu'aujourd'hui 8, il a abandonné son camp. On le poursuit.
» De grâce, veillez à l'approvisionnement de cette