LIVRE CINQUIÈME
armée ; ses combats continuels épuisent beaucoup de munitions. Nous sommes obligés, en ce moment, de prendre sur l'approvisionnement de Maubeuge ; remplacez le tout promptement.
» Je ferai faire tout ce que je pourrai. Je vous préviens que je crois que l'ennemi se porte dans la pointe d'entre Sambre et Meuse pour couvrir Namur et nous inquiéter par Charleroi. Réglez là-dessus des considérations que vous pourriez présenter à Jourdan sur sa marche. Il est, dans ce moment, à Neufchâteau. Je vous demande des munitions , des chevaux d'artillerie et des conseils. Comptez sur mon cœur.
» J'ai fait rassembler 1,600 hommes à Maubeuge pour attaquer Grivelle, 20,000 hommes à Lobbes comme colonne intermédiaire; 30,000 hommes, ce soir, attaquent Charleroi. J'écris à Jourdan, avec qui, s'il prend Dinant, nous irons sur Bruxelles et Mons (1). »
Ce léger échec dut étonner médiocrement les membres du Comité de Salut public, car, trois jours auparavant, Pichegru leur avait annoncé que l'ennemi venait de recevoir un renfort de trente mille hommes, en ajoutant, avec ce style militaire qui le caractérise : « Si cela est, ils vont nous donner de la tablature. » Néanmoins, l'exaspération fut grande au sein de la Convention laquelle, après avoir entendu un rapport de Barère, décréta, dans la séance du 7 prairial, qu'il ne serait fait aucun prisonnier anglais ou hanovrien. De son côté, Saint- Just crut devoir sévir contre ceux dont la négligence ou l'imprudence avaient jeté le trouble dans l'armée ,
(I) Lellre au Comité de Salut public, delà main de Saint-Just, etsignée par lui et par Lcvasseur (archives de la guerre).
et, de concert avec ses collègues Guyton et Laurent, il arrêta, le 10 prairial, que le tribunal militaire prendrait connaissance de la conduite des chefs du 22e régiment de cavalerie, prévenus d'avoir ordonné, dans la retraite du 5, des manœuvres qui avaient culbuté l'infanterie, exposé l'artillerie, rompu les rangs et entraîné les soldats à une espèce de déroute ; qu'en outre ce tribunal étendrait ses recherches aux généraux de brigade coupables de ne s'être point conformés à l'ordre qu'ils avaient reçu de tenir leurs troupes en bataille pendant la nuit, et d'avoir occasionné, par cette infraction à leurs devoirs, la surprise qui avait eu lieu dans la matinée du 5.
Tandis qu'à la voix de Saint-Just, la discipline, mère du succès, se rétablissait dans les camps; tandis que, grâce à ses énergiques mesures, les troupes ennemies étaient refoulées sur leur territoire et que la République d'envahie devenait envahissante, Paris continuait d'être un foyer d'intrigues et de conspirations, et, dans le sein des comités, commençaient à germer de funestes divisions. De nouveaux rassemblements dont la cherté des vivres était le prétexte, des tentatives d'assassinat pratiquées contre quelques représentants du peuple inquiétèrent lesmembresdu ComitédeSalut public, quidésirèrent le retour de Saint-Just. Dans une lettre datée du 6 prairial et signée de Prieur, Carnot, Barère, Billaud-Varennes et Robespierre, on lui disait :
« Le Comité a besoin des lumières et de l'énergie de tous ses membres. Calcule si l'armée du Nord, que tu as puissamment contribué à mettre sur le chemin de la victoire, peut se passer quelques jours de ta présence. Nous te remplacerons , jusqu'à ce que tu y retournes , par un représentant patriote. »