CHAPITRE IV
Quelques mots sur la fête à l'Être suprême et la loi du 22 prairial. — Germes de division. — Rôle de Barère. — Saint-Just à Marchienne-au- Pont. — Arrêté concernant les vivres de l'armée. — Rigueurs déployées envers quelques officiers. — Promotions faites par Saint-Just.— Absurde calomnie. — Marguerite Bonlems. — Siège de Cliarleroi. — Échec du 28 prairial. — Mot de Saint-Just. — La Sambre repassée. — Reprise des travaux.— Propositions du gouverneur de la place.— Réponses de Saint-Just. — Reddition de Charleroi. — Bataille de Fleurus. — Retour de Saint-Just.
Au moment où Saint-Just repartait seul pour l'armée du Nord, se préparaient des événements dont il est important de dire quelques mots, parce qu'ils ont été l'origine des divisions qui éclatèrent entre Robespierre et les comités, et par conséquent la cause fatale de la catastrophe de thermidor : je veux parler de la fête à l'Être suprême et de la loi du 22 prairial.
Ce fut cependant un jour radieux pour la jeune Repu-
blique, que celui où, du sein d'un peuple immense, entourant ses représentants, sur la place de la Révolution, s'éleva comme un immense concert d'adoration vers Dieu.
Saint-Just, pressé de retourner à l'armée du Nord où allaient s'accomplir de si grandes choses, n'assista pas à cette solennité; il avait quitté Paris dans la nuit du 19 au 20 prairial.
Cette fête, chantée par les poètes et illustrée par le génie de David, fut saluée par d'unanimes acclamations, comme une espérance de pacification intérieure et de clémence. Quel bon citoyen n'eût applaudi, qui n'applaudirait encore aujourd'hui à ces belles paroles que Robespierre, comme président de la Convention, prononça au moment où la statue de la Sagesse fut dévoilée aux regards du peuple?
« Homme, qui que tu sois, tu peux concevoir encore de hautes pensées de toi-même : tu peux lier la vie passagère à Dieu et à l'immortalité. Que la nature reprenne donc tout son éclat, et la sagesse, tout son empire. L'Être suprême n'est point anéanti. C'est surtout la sagesse que nos coupables ennemis voulaient chasser de la République. C'est à la sagesse seule qu'il appartient d'affermir la prospérité des empires; c'est à elle de nous garantir les fruits de notre courage. Associons-la donc à toutes nos entreprises. Soyons graves et discrets dans toutes nos délibérations, comme des hommes qui stipulent les intérêts du monde ; soyons ardents et opiniâtres dans notre colère contre les tyrans conjurés, imperturbables dans les dangers, patients dans les travaux, terribles dans les revers, modestes et vigilants dans les succès. Soyons généreux envers les bons, compatissants envers les mal-