‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 270 sur 351 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

heureux, inexorables envers les méchants, justes envers tout le monde. Ne comptons point sur une prospérité sans mélange et sur des triomphes sans obstacles, ni sur tout ce qui dépend de la fortune ou de la perversité d'autrui ; ne nous reposons que sur notre constance et sur notre vertu. Seuls, mais infaillibles garants de notre indépendance, écrasons la ligue impie des rois par la grandeur de notre caractère, plus encore que par la force de nos armes (1) . »

Cette fête indisposa certains patriotes qui crurent y voir un retour à des idées religieuses qu'ils avaient voulu proscrire à jamais ; mais le plus grand malheur pour Robespierre fut d'avoir été, ce jour-là, président de la Convention nationale; car la popularité dont il recueillit le fruit, les applaudissements dont il fut salué, les marques d'affection qu'on lui prodigua, excitèrent, chez une foule de représentants, cette basse jalousie si facile à émouvoir dans une nation qui a la haine des sommités intellectuelles et ne s'incline que devant la force. Les ennemis de Robespierre, les conventionnels rappelés de mission pour leurs excès sanglants ou leurs dilapidations dans les départements, comme les Fouché, les Tallien, les Fréron, les Rovère, surent tirer parti de cette disposition et se ménager, pour thermidor, de puissants auxiliaires.

Deux jours après une fête qui aurait dû réunir dans un fraternel accord tous les membres de la Convention, et qui devint, au contraire, la source des plus funestes divisions, fut présentée à l'Assemblée cette terrible loi du 22 prairial, supprimant les défenseurs officieux, et

(I) Voyez le Moniteur du 22 prairial an n, n° 262.

Page 1