CHAPITRE V
Esprit de la Révolution et de la Constitution de France, par Saint-Just.
S'il y eut, en cette mémorable époque de 1791, une œuvre de nature à solliciter une imagination ardente, une conscience pure, un cœur débordant de patriotisme, ce fut certainement celle qui fut tentée par Saint-Just. Définir l'esprit de la Révolution ; assigner à celle-ci ses limites, établir les rapports qui doivent exister entre l'opinion, les mœurs et la Constitution, voilà ce qu'il essaya en quelques pages où les pensées les plus fortes, les plus élevées et les plus douces sont burinées dans un style d'airain. « La Révolution de France, dit-il lui-même dans une courte préface , n'est point le coup d'un moment; elle a sa cause, sa suite et son terme. »
Le rédacteur de la table duMoniteur, suivi par quelques
biographes qui l'ont cru sur parole, a attribué ce livre à un autre Saint-Just. Son erreur vient évidemment de ce que l'annonce du livre, dans le Moniteur, portait : « Esprit de la Révolution et de la Constitutio?i de France, par Louis-Léon de Saint-Just. » Or Saint-Just se nommait légalement Louis-Antoine, comme on l'a pu voir par son acte de naissance que nous avons mis sous les yeux du lecteur. Mais ce prénom d'Antoine ayant paru un peu commun et peu harmonieux dans la famille, on lui avait donné celui de Léon ; il était donc tout naturel qu'il signât ses ouvrages du prénom sous lequel il était connu. Voilà ce que sans doute ignorait le rédacteur de la table du Moniteur ; mais s'il eût attentivement pris connaissance de la qualification dont le nom de Saint-Just était suivi : « Électeur au département de l'Aisne, pour le canton de Blérancourt, district de Chauny , » laquelle ne pouvait laisser aucun doute sur l'auteur du livre, il n'aurait pas commis une erreur, toujours regrettable dans un recueil où l'on ne voudrait puiser que des renseignements authentiques.
Cela dit, essayons de donner une idée de ce livre, qui eut, au moment où il parut, un grand retentissement, et qui avait été inspiré à Saint-Just par une lettre d'un Anglais célèbre, adressée à son ami Thuillier, secrétaire de la municipalité de Blérancourt , quand celle-ci brûla la déclaration du clergé.
Ce qui frappe tout d'abord, à la lecture de cet ouvrage, c'est le profond respect de l'auteur pour les législateurs qui se sont imposé la tâche de résumer la Révolution en acte constitutionnel , et sa reconnaissance sans bornes pour les hommes qui ont préparé l'affranchissement du pays et posé les bases de la société moderne.
Dans la première partie, où il traite des pressentiments