LIVRE CINQUIÈME
justice fût substituée à la terreur qui se maintint en dépit de lui. En écrivant cela, je ne prétends point lui rien ôter de l'inflexibilité dont il donna tant de preuves vis-à-vis de ceux qui lui parurent vouloir s'opposer à l'établissement d'une République honnête et forte, ce beau rêve pour lequel il dévoua sa mémoire et marcha résolument à la mort. Non, il ne fut pas indulgent, parce que l'indulgence devait, selon lui, éterniser la guerre civile et encourager la résistance; non, il ne fut pas indulgent, parce qu'il savait bien que détendre trop tôt le ressort révolutionnaire et essayer de rallier les dissidents parla clémence, c'était ouvrir la carrière à toutes les apostasies et fournir aux ennemis de la Révolution le moyen d'étouffer la République en l'embrassant ; ce qui précisément arriva après le 9 thermidor pour le châtiment des sanglants vainqueurs, lesquels ne tardèrent pas à être renversés eux-mêmes et proscrits par les traîtres et les faux républicains dont ils avaient recherché l'alliance et à qui ils avaient tendu la main.
Mais, quand Saint-Just frappait, il obéissait à un ordre impérieux de sa conscience, en dehors de toute préoccupation personnelle, et la sévérité de ses mesures avait uniquement en vue l'intérêt de la patrie. C'est ainsi que, quelques jours après son arrivée au quartier général, à Marchienne-au-Pont , ému des souffrances de l'armée, qui, par suite d'abus coupables, manquait de vivres, -il rendit, le 25 prairial, de concert avec son collègue Gillet, l'arrêté suivant :
« Les représentants du peuple près les armées du Nord, de la Moselle et des Ardennes,
» Informés qu'on s'est permis d'arrêter, dans des places, des convois destinés pour l'armée;