LIVRE CINQUIEME 2G
s'être convaincus de l'exactitude de ce fait, rendirent l'arrêté suivant :
« Les représentants du peuple près les armées du Nord, de la Moselle et des Ardennes,
)) Informés que les officiers municipaux de la commune de Mesnil-Lahorne, district de Commercy, département de la Meuse, ont eu l'indécence et l'inhumanité de contraindre Marguerite Bonlems, fille âgée de vingtdeux ans, dont les frères sont dans les armées, à accompagner à soixante lieues de son pays la voiture et les chevaux de son père à l'armée du Nord; informés que la malignité a fait commettre cet acte d'injustice envers une femme, et que les officiers municipaux de Mesnil- Lahorne se sont exemptés personnellement de réquisitions;
» Chargent le commissaire ordonnateur de l'armée de la Moselle de notifier au directoire du district de Commercy, de la part des représentants du peuple, qu'ils aient à faire contribuer sur-le-champ lesdits officiers municipaux pour une somme de dix mille livres, au marc la livre de leurs impositions, et de faire remettre cette somme a la fille Bontems, en indemnité de l'acte d'oppression dont elle a été la victime.
» Le directoire de Commercy rendra compte de l'exécution du présent ordre au Comité de Salut public, sous un mois.
» A Marchienne-au-Pont, le 5 messidor de l'an deuxième de la République une et indivisible. »
L'objet principal de la mission de Saint-Just était la prise de Charleroi. Pendant sa courte absence, les troupes avaient eu des fortunes diverses; mais la place
avait tenu bon, et le gouverneur, sommé par Jourdan de se rendre, avait répondu que son poste n'était pas entamé et qu'il le défendrait jusqu'à la dernière extrémité.
A l'arrivée de Saint-Just, on poussa le siège avec plus de vigueur, et, le 25 prairial, la tranchée fut ouverte. La prise de la ville paraissait imminente, quand, le 28, au matin, une armée autrichienne parut pour secourir la place, sous les murs de laquelle s'engagea le sanglant combat dont nous avons parlé plus haut. Malgré les efforts de Kléber, de Championnet et de Marceau, l'ennemi, supérieur en nombre, parvint à trouer l'armée française et à pénétrer dans Charleroi, mais après avoir subi de telles pertes, que Saint-Just dit au général Jourdan, le soir de cette journée : « Je souhaite aux Autrichiens de remporter souvent de pareilles victoires. Pour la première fois, on fut obligé de se retirer de l'autre côté de la Sambre. Saint-Just voulait qu'on la franchît de nouveau le 29; mais les munitions de l'artillerie étaient épuisées ; les soldats, les cavaliers et les chevaux, excédés de fatigue; un jour de repos fut jugé indispensable, et Saint-Just se décida à attendre au lendemain.
Le 30, dès la pointe du jour, l'armée s'ébranla, et la Sambre fut repassée aux cris de Vive la République ! Vive la Convention ! Vivent les représentants du peuple ! Onreprit immédiatement les travaux du siège, qui furent poussés activement, et, dès le 4, les troupes eurent l'ordre de se disposer a l'assaut.
« Le siège de Charleroi, écrivaient Saint-Just et ses collègues Gillet et Guyton au Comité de Salut public, a la date du 5 messidor, se pousse avec toute l'activité qui peut dépendre de nous. Le peu d'instruction de quelques