LIVRE CINQUIÈME 2C
artilleurs, la mauvaise qualité des affûts, la difficulté de nous procurer sur-le-champ des mortiers en état de service, tout cela nous a beaucoup contrariés... Le peu de forces qui paraissent actuellement devant nous, nous donne lieu de craindre un mouvement général vers la gauche de l'armée du Nord. Demain, un corps d'environ 36,000 hommes se dirige vers Mons pour éclairer cette partie et inquiéter ce mouvement... Chaque jour, de jeunes citoyens du Brabant, pleins d'horreur pour le joug impérial, sortent de Mons, de Bruxelles et du reste du pays, et désertent pour passer sous nos drapeaux... Soyons constants dans nos desseins politiques, comme impétueux à la guerre. L'Europe est en décadence, et nous allons fleurir.
« Pour vous tranquilliser, ajoutait Saint-Just en postscriptum, je crois pouvoir vous assurer que nous sommes à la veille de remporter de grands avantages dans la Belgique. Il nous faut beaucoup de canons et de munitions. Après Charleroi, nous tomberons sur Namur et Mons. Vous ne ferez pas mal d'attendre la prise de Charleroi pour annoncer le tout à la Convention. »
Les espérances de Saint-Just étaient à la veille de se réaliser; cependant le feu delà place continuait toujours avec beaucoup de vivacité. La lenteur de l'artillerie de siège exaspéra tellement les représentants du peuple et le général en chef, que, le 5, un capitaine d'artillerie, coupable d'infraction à un ordre important, fut fusillé dans la tranchée. Ce même jour, Saint-Just fit retirer de la place de Givet deux mortiers de douze pouces et quelques pièces de canon pour compléter l'équipage de siège et pousser plus vivement l'attaque.
Dès le lendemain, les feux de l'ennemi s'éteignirent.