II
Jourdan envoya alors sommer le gouverneur de se rendre et lui accorda un quart d'heure pour tout délai. Au bout de ce temps, les batteries françaises recommencèrent à jouer, et toute la nuit une artillerie terrible tonna sur Charleroi.
Le 7, au matin, un parlementaire se présenta et demanda, au nom du gouverneur, à entrer en arrangement; mais il lui fut répondu « que la seule capitulation que dût attendre la ville, était de se rendre à discrétion. »
Quelques heures après, un officier supérieur vint, porteur d'une lettre du gouverneur pour le général en chef. Saint-Just se trouvait alors avec Jourdan, qui prit la lettre et la lui présenta; Saint-Just refusa de l'ouvrir et la rendit à l'officier autrichien en lui disant : « Ce n'est pas du papier, mais la place que je vous demande. — Mais si la garnison se rend à discrétion, objecta l'envoyé, elle se déshonore. — Nous ne pouvons ici vous honorer ni vous déshonorer, répondit Saint-Just, comme il n'est pas en votre pouvoir de déshonorer ni d'honorer la nation française. 11 n'y a rien de commun entre vous et nous. » Et, comme l'officier autrichien insistait encore pour obtenir une capitulation quelconque, Saint-Just ajouta pour le congédier : « Hier on aurait pu vous écouter, aujourd'hui il faut vous rendre à discrétion ; j'ai parlé. J'ai fait usage des pouvoirs qui me sont confiés, il ne m'en reste plus pour me rétracter; je compte sur le courage de l'armée et sur le mien (1). »
L'officier partit avec cette fière réponse qui donna sans doute à réfléchir au gouverneur, car, peu d'instants après, l'envoyé revint annoncer que la garnison se ren-
(1) Tous ces détails sont extraits de la Relation du siège de Charleroi, par le commandant du génie Marescot, fait général de brigade après la prise de la ville. (Archives de la guerre.)