‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 284 sur 351 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Un mol de Cambacérès sur le 9 thermidor. — Discussion à ce sujet. — Robespierre abandonne les Comités. — Siluation personnelle de Saint- Just. — Aveu de Billaud-Varennes. — Saint-Just au Comité. —Arrêtés signés de lui. — Le bureau de police. — Les thermidoriens et Fouquier- Tinville. — Saint-Just attaque l'arbitraire des Comités. — Réfutations. — Encore les Mémoires de Barère. — Trois lettres au représentant Joseph le Bon. — Diverses créations révolutionnaires. — La commission du Muséum. — Les Listes. — Conjuration contre Robespierre et ses amis. — Comment ceux-ci comprenaient la République. — Saint-Just jugé par les thermidoriens.

Nous avançons rapidement vers l'époque critique et désespérée d'où la réaction sortira triomphante, furieuse, ivre. Tandis que la République resplendissait au dehors et plantait fièrement son drapeau, à la stupéfaction de l'Europe, elle se minait au dedans; et l'heure n'était pas loin où l'œuvre si laborieusement conçue et enfantée allait commencer d'être battue en brèche sans relâche, pour s'abîmer bientôt dans les flaques de sang et de boue de la terreur blanche.

Un jour Napoléon, dont le jugement très-désintéressé est bien plus favorable à Robespierre qu'aux ennemis de ce grand homme, demanda à Cambacéres ce qu'il pensait du 9 thermidor. « Sire, répondit l'archichancelier qui, dans cette néfaste journée, avait eu au moins le mérite de rester neutre, cela a été un procès jugé, mais non plaidé (1). »

Depuis le jour où Cambacéres flétrissait ainsi implicitement cette date sombre, une des plus funestes qui soient dans l'histoire de notre pays, de grands écrivains n'ont pas eu de peine a démontrer que la dignité, la morale, la justice et le bon droit furent du côté des vaincus de thermidor. Je viens, à mon tour, en ce qui concerne Saint-Just, prendre la parole dans ce grand débat, et prouver que cette révolution, si chère aux réactionnaires de toutes les nuances, ce qui ne veut pas dire modérés, grand Dieu ! a été accomplie par ce qu'il y avait de plus impur et de plus vil dans la Convention, aidé cette fois par quelques envieux, quelques aveugles et quelques ennemis; qu'elle a empêché la solution des grands problèmes sociaux agités depuis 1789, et qu'elle doit être maudite par tous les sincères partisans de la démocratie, quand les sanglantes et déplorables conséquences de cet abominable coup d'État n'en seraient pas la plus sûre condamnation.

Un homme d'un grand caractère (2), un des écrivains les plus versés dans l'histoire de notre Révolution, me disait un jour : « Mais que serait-il arrivé sans le 9 thermidor? » A quoi je répondis : « Je ne sais ce qui serait

(1) Voyez le Mémorial de Sainte-Hélène, t. I, p. 424, éd. 1823.

(2) Que M. Edouard Carleron me permette de le nommer ici et de saisir cette occasion de le remercier publiquement des excellents conseils et de» renseignements utiles que je lui dois.

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