‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 291 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Saint-Just aurait répondu « que des patriotes ne pouvaient être concussionnaires, puisque tout leur appartenait. » Dans tout ceci, il n'y a certainement de vrai que la discussion relative au général irlandais O'Moran, qui, sans doute, n'était pas innocent, puisqu'il fut condamné à mort, le 16 ventôse de l'an n, à une époque où de pareilles condamnations étaient encore assez rares. Quant aux paroles prêtées à Saint-Just, on ne peut y ajouter aucune foi; car un pareil langage n'était pas dans les habitudes de l'homme qui a été si terrible aux ultrarévolutionnaires et aux concussionnaires réputés patriotes.

Toujours est-il que Carnot, soit qu'il eût gardé rancune a Saint-Just des démêlés qui s'étaient élevés entre eux, soit qu'il n'eût pas vu grand inconvénient à défendre les vivants au détriment des morts, soit que sa bonne foi eût été surprise par les affirmations de Billaud Varennes, de Collot d'Herbois et de Barère, crut devoir se joindre à ceux qui attaquèrent sans ménagement la mémoire de Robespierre et de Saint-Just.

Tandis que, dans la défense de ses anciens collègues, Robert Lindet avait courageusement invoqué, selon les règles de la justice, le principe de la solidarité commune, d'autres, dans la séance du 3 germinal de l'an m, rejetèrent tout le mal commis pendant les jours de la terreur sur Robespierre et sur Saint-Just, et attribuèrent a ce dernier la création du bureau de police, quand il est constant, comme nous l'avons fait observer plus haut, que Saint-Just était à l'armée du Nord à l'époque où fut organisé ce bureau, dirigé en commun par tous les membres du Comité de Salut public, ainsi que nous l'avons démontré par les paroles de Fouquier-Tinville. A l'aide de ces mêmes preuves irrécusables, nous allons

également démontrer que Saint-Just n'eut jamais aucun rapport personnel et particulier avec le sinistre accusateur près le Tribunal révolutionnaire :

« Je n'ai jamais concerté avec Robespierre ni avec aucun membre des comités, isolément et particulièrement, pour savoir de quelle manière je dresserais un acte d'accusation... J'ignorais même la demeure de Saint- Just et de Couthon ; quant à Robespierre, j'ai été une seule fois chez lui, le jour de l'assassinat de Collot-d'Herbois, comme je me suis présenté chez ce dernier; je n'ai eu ni relation, ni correspondance particulière avec ces conjurés, j'ai toujours écrit au Comité de Salut public, et je ne leur ai parlé qu'au Comité et comme membres du Comité, et jamais ailleurs, pas même aux Jacobins ; il est impossible de me prouver le contraire... Je n'ai point fourni de liste à Robespierre des personnes qui devaient être mises en jugement chaque jour, ni n'ai jamais reçu sa volonté personnelle à cet égard... Je proteste de nouveau que je n'ai eu aucune relation ni correspondance particulière avec Robespierre, Saint-Just, Couthon;... il n'en a été trouvé aucune trace dans mes papiers, il n'en sera pas trouvé davantage aucune trace émanée de moi dans les papiers de tous ces monstres (1). »

(1) Voyez le Mémoire de Fouquier-Tinville, dans Y Histoire parlementaire de la Révolution française, par MM. Bûchez et Roux, t. XXXIV, p. 234, 239 et 245.

M. Éd. Fleury a donc calomnié Saint-Just avec un rare cynisme en écrivant: « Le soir venu, Fouquier-Tinville lui apportait ses dossiers ; c'est ensemble qu'ils préparaient toutes les affaires à présenter au Tribunal révolutionnaire. «(Voyez t. II, p. 274.) Pourquoi, puisque M. Fleury a admis l'accusation intentée par Billaud, pour le besoin de sa cause, accusation si victorieusement réfutée, n'a-t-il pas reproduit la réponse de Fouquier-Tinville, où la vérité éclalc dans loul son jour?

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