LIVRE CINQUIEME
Il fut convenu, en effet, dans les premiers jours qui suivirent thermidor, que Robespierre, Saint-Just et leurs complices étaient des monstres convaincus « d'avoir voulu arrêter le cours majestueux, terrible de la Révolution française (4). »
Au reste, aucun membre des comités n'eut, je crois, de rapports personnels et intimes avec Fouquier-Tinville; aucun, excepté toutefois le thermidorien Vadier, vieux juge endurci de l'ancien régime, qui, dans deux lettres atroces, recommanda tout particulièrement dix prévenus de Pamiers au courage et à C adresse de son cher ami (2).
Quant aux jurés du Tribunal révolutionnaire, un seul avait eu des relations d'amitié avec Saint-Just, c'était le respectable Duplay, qui siégea très-rarement et qui n'était nullement d'un caractère à se laisser dominer. Les autres lui étaient complètement étrangers; plusieurs même lui furent toujours hostiles, et leur animosité perça assez dans le procès de Fouquier pour qu'on puisse tenir pour certain que jamais, dans leurs rigoureuses décisions, ils ne cherchèrent à lui complaire. Je n'ai pas à me prononcer ici sur la manière dont les jurés du Tribunal révolutionnaire ont compris leur cruelle mission. 11 y aurait sur ce sujet une longue histoire à faire, pour laquelle il faudrait une plume dégagée de toute passion et de tout esprit de parti. Quant à moi , je ne sache pas de plus affreux supplice que celui d'être l'arbitre de la vie de ses semblables, et je souhaite de n'y être jamais condamné. Trop fragile est la conscience humaine, et trop d'erreurs ont ensanglanté les fastes judiciaires! Mais, en tous cas, les juges des Calas, des Lally, des
(1) Paroles de Barère dans la séance du 10 thermidor.
(2) Voyez ces deux lettres à la suite du rapport de Saladin.