LIVRE CINQUIÈME
minute de lettre à le Bon, en date du 26 messidor, m'a paru être de récriture de Saint-Just. Elle ne porte pas de signature et est relative à une fourniture de mauvais pain. On y engage le commissaire de la Convention à prendre tous les renseignements possibles sur une distribution de mauvais pains de munition faite à la division sous Landrecies, à examiner sévèrement le fait, à punir, dans toute la rigueur des lois, les fournisseurs criminels qui ont osé commettre ce délit, et à instruire le Comité des mesures prises à ce sujet.
Citons maintenant les trois lettres de félicitation et de recommandation adressées au citoyen Joseph le Bon, représentant du peuple et commissaire de la Convention dans le département du Pas-de-Calais. Voici la première :
« Le Comité, citoyen collègue, vous fait observer qu'investi de pouvoirs illimités, vous devez prendre dans votre énergie toutes les mesures commandées pour le salut de la chose publique. Continuez votre attitude révolutionnaire ; l'amnistie prononcée lors de la Constitution captieuse, et invoquée par tous les scélérats, est un crime qui ne peut en couvrir d'autres. Les forfaits ne se rachètent point contre une République; ils s'expient sous le glaive. Le tyran l'invoqua, le tyran fut frappé. Secouez sur les traîtres le flambeau et le glaive. Marchez toujours, citoyen collègue, sur cette ligne révolutionnaire que vous décrivez avec courage; le Comité applaudit à vos travaux.
» Salut et fraternité.
» Signé : Barère, Carnot, Billaud-Varennes.
» 26 brumaire, l'an m de la République. »
La seconde est ainsi conçue;
« Le Comité de Salut public, citoyen collègue, a transmis les détails intéressants que vous lui communiquez, au Comité de Sûreté générale ; c'est de lui que vous devez recevoir une réponse relativement a la masse des lettres. Nous vous observons que vous pouvez donner des ordres au tribunal criminel pour l'évacuation des prisons. Toutes les mesures révolutionnaires vous sont permises, ou plutôt commandées par vos pouvoirs et par le salut de la patrie.
» Salut et fraternité.
» Signé : Billaud-Varennes, Carnot. »
Voici enfin la troisième, dont Barère ne s'est pas vanté non plus dans ses Mémoires :
« Le fanatisme s'agite dans la commune de l'Ambre, la superstition lui prépare des armes, le mal est encore à sa source, sache l'arrêter. Étudie l'esprit de ces contrées, éclaire le peuple, il sent le besoin d'instruction, il profitera de tes lumières. Assure-toi de ceux qui l'égarent, arrête et frappe.
» Salut et fraternité.
» Signé : Collot-d'Herbois, Barère. »
A coup sûr, Robespierre et Saint-Just approuvaient bien peu la façon dont le proconsul d'Arras secouait sur les traîtres le flambeau et le glaive, puisque Joseph le Bon déclara lui-même, dans sa défense devant la Convention, que, peu de temps avant thermidor « le monstre » avait annoncé publiquement le dessein de le faire guillotiner. Bien mieux, dans le courant de messidor, on adressa