‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 298 sur 351 · IVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

IVRE CINQUIÈME

Salut public en date du 2 thermidor. Mais cette épouvantable liste du 3 thermidor contenant trois cent soixantedix-huit noms, il ne l'a pas signée. Les signataires sont Voulland, Vadier, ÉlieLacoste, Collot-d'Herbois,Barère, Philippe Ruhl, Amar, Prieur et Billaud-Varennes, tous thermidoriens. Celle des cent trente-huit détenus, confectionnée, comme la précédente, par la commission du Muséum, n'est pas non plus signée de lui. Cependant il était à Paris, ne quittait pas le Comité de Salut public, et à ces mêmes dates, il a signé plusieurs arrêtés, entre autres celui concernant la mise en liberté de Drouot. Pourquoi donc cette abstention ? Était-ce une protestation contre ces listes trop chargées et trop rapidement faites, où se trouvaient confondus tous les rangs de la société, sans distinction d'âge ou de sexe ? C'est ce que seul il aurait pu expliquer, si, quelques jours plus tard, il n'eût été renversé par les signataires mêmes de ces listes. Mais son secret n'est pas descendu tout entier dans la tombe avec lui ; les quelques lignes de son dernier discours, où il demande la cessation de l'arbitraire, et les paroles prononcées par lui au sein du Comité de Salut public dans la nuit du 8 au 9 thermidor, sont pour nous la preuve qu'il condamnait ce qu'il y avait d'odieux dans de pareils moyens révolutionnaires.

La tension d'un tel système ne pouvait durer longtemps, et les ferments de discorde qui bouillonnaient au sein des comités rendaient une crise inévitable ; le salut de la République dépendait de la façon dont elle serait résolue. Le malheur de la France voulut qu'elle tournât contre ceux qui travaillaient sincèrement à la fondation d'une République conforme à la modération, à la justice et à la dignité qui conviennent à un grand peuple.

La terreur eût entièrement disparu alors, au lieu de

30 i HISTOIRE DE SAINT-JUST

reparaître sous d'autres formes, avec la plus profonde hypocrisie qui fut jamais. Cependant Robespierre, Saint- Just et leurs amis avaient-ils l'intention d'ouvrir les prisons et de mettre tous les détenus en liberté, comme l'ont pensé beaucoup d'historiens ? Je ne le crois pas. Dans la situation critique où l'on se. trouvait, c'eût été fournir aux ennemis de la Révolution le moyen de faire incarcérer les républicains à leur place, comme cela est si bien arrivé après thermidor; Robespierre et Saint- Just étaient trop habiles pour ne pas prévoir un semblable résultat. Mais ils voulaient la justice, et non la terreur; mais ils voulaient arrêter l'effusion de sang inutile qui couvrait la France; mais ils voulaient punir ceux qui en étaient les auteurs, frapper les traîtres et les ennemis actifs, et non cette masse d'indifférents emprisonnés comme suspects et ne demandant à la République que de les laisser vivre « Ici, on calomnie ouvertement les institutions républicaines, disait Robespierre; là, on cherche à les rendre odieuses par des excès. On tourmente les hommes nuls ou paisibles... » Ce qu'il y a de certain, ce qu'on ne saurait révoquer en doute, ce que nous allons prouver, c'est que Saint-Just, Robespierre, le Bas et Couthon furent abattus comme modérés, comme contre-révolutionnaires, comme ayant voulu arrêter le cours terrible de la Révolution, et, pour me servir dune expression de nos jours, comme hommes d'ordre. Le 9 thermidor fut la revanche de Yhébertisme (1).

(1) Saladin, un de ces modérés de la réaction qui ont envoyé tant de victimes à Téchafaud après thermidor, et encouragé tant de massacres, a fait lui-même celte remarque : « Dans les quarante-cinq jours qui ont précédé la retraite de Robespierre du Comité, le nombre des victimes est de 577. Dans les quarante-cinq jours qui l'ont suivie, jusqu'au 9 lliermi-

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