‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 30 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

public; le peuple est corrompu ou peu jaloux de sa gloire. »

Il approuve cette pondération des pouvoirs, favorable à la conservation de la liberté, et cette monarchie tempérée par des lois vigoureuses qui doivent l'empêcher de devenir exorbitante : « La monarchie, dit-il, au lieu d'ordres moyens dans le peuple, par où circule la volonté suprême, a divisé son territoire en une espèce de hiérarchie qui conduit les lois de la législation au prince; de celui-ci dans les départements; de ceux-ci dans les districts ; de ces derniers dans les cantons; en sorte que l'empire, couvert des droits de l'homme comme de riches moissons, présente partout la liberté près du peuple , l'égalité près du riche , la justice près du faible...

» Tout émane de la nation, tout y revient et l'enrichit; tout coule de la puissance législative ; tout y retourne et s'y épure, et ce flux et reflux de la souveraineté et des lois unit et sépare les pouvoirs qui se fuient et se cherchent.

» La noblesse et le clergé, qui furent le rempart de la tyrannie, ont disparu avec elle ; l'une n'est plus, l'autre n'est que ce qu'il doit être...

» La monarchie n'aura point de sujets : elle appellera le peuple ses enfants, parce que l'opinion aura rendu le despotisme ridicule ; mais elle n'aura pas plus d'enfants que de sujets, le peuple sera libre. Son caractère sera la bienveillance, parce qu'elle aura la liberté à ménager, l'égalité à reconnaître, la justice à rendre. »

Cependant à travers ces louanges prodiguées à l'œuvre de l'Assemblée constituante, il y a çà et là quelques critiques de détail qui dénotent que l'auteur a déjà dépassé les législateurs de 1789. Ainsi Saint-Just blâme la sanc-

tion royale , comme étant en contradiction avec le principe de la souveraineté populaire, et il semble fâché que la Constitution ait confié au roi le commandement des armées de terre et de mer. « S'il était guerrier, politique, populaire, dit-il quelque part, la Constitution pencherait au bord d'un abîme. »

Étonnez- vous donc de l'influence de ce jeune homme qui pense si bien, qui voit si clair, qui méprise l'indolence, l'orgueil et l'or, qui prêche la fraternité, la souveraineté de la nation, Yassurance entre tes citoyens, chose toute nouvelle alors et dont on n'avait point encore parlé, et qui enfin est animé d'un si profond amour de l'humanité et de la justice! Mais poursuivons l'analyse de ce livre si curieux, si honnête et si remarquable.

Dans la troisième partie, l'auteur examine l'état civil de la France, ses lois et leurs rapports avec la Constitution. 11 commence par établir en principe que toute institution doit émaner de celle-ci, sous peine d'être tyrannique, et que les lois doivent être positives, de façon à ne rien laisser soit aux fantaisies, soit aux présomptions de l'homme. Il s'occupe ensuite de la dette publique et félicite l'Assemblée des mesures qu'elle a prises pour la garantir. Mais laissons-Je parler : « Les lois somptuaires, si dangereuses à établir, se sont offertes d'ellesmêmes ; la nécessité exigeait des réformes ; la féodalité détruite élevait le cœur du peuple et renversait la noblesse; le peuple, si longtemps insulté, devait applaudir à sa chute. La dette publique fut un prétexte pour s'emparer des biens du clergé; les débris de la tyrannie préparaient une république. M. de Montesquieu l'avait prévu quand il a dit : « Abolissez dans une monarchie les prérogatives des seigneurs, du clergé, de la noblesse, des villes, vous aurez bientôt un État populaire ou un

Page 1